«L'homme occidental, l'homme suivant Socrate et suivant Descartes, dont l'Occident n'a jamais produit, d'ailleurs, que de bien rares exemplaires, est celui qui enveloppe l'humanité dans son idéal de réflexion intellectuelle et d'unité morale. Rien de plus souhaitable pour lui que la connaissance de l'Orient, avec la diversité presqu'infinie de ses époques et de ses civilisations. Le premier résultat de cette connaissance consistera sans doute à méditer les jugements de l'Orient sur l'anarchie et l'hypocrisie de notre civilisation, à prendre une conscience humiliante mais salutaire, de la distance qui dans notre vie publique comme dans notre conduite privée, sépare nos principes et nos actes. Et, en même temps, l'Occident comprendra mieux sa propre histoire: la Grèce a conçu la spéculation désintéressée et la raison politique en contraste avec la tradition orientale des mythes et des cérémonies. Mais le miracle grec a duré le temps d'un éclair. Lorsqu'Alexandre fut proclamé fils de Dieu par les orientaux, on peut dire que le Moyen Age était fait. Le scepticisme de Pyrrhon comme le mysticisme de Plotin ne s'explique pas sans un souffle venu de l'Inde. Les "valeurs méditérranéennes", celles qui ont dominé tour à tour à Jérusalem, à Byzance, à Rome et à Cordoue, sont d'origine et de caractère asiatique...... quant à l'avenir de l'Occident, il n'est pas ici en cause : une influence préméditée n'a jamais eu de résultats durables, et prédire est probablement le contraire de comprendre. Toute réflexion inquiète de l'Européen sur l'Europe trahit un mauvais état de santé intellectuelle, l'empêche de faire sa tâche, de travailler à bien penser, suivant la raison occidentale, qui est la raison tout court, de faire surgir, ainsi que l'ont voulu Platon et Spinoza, de la science vraie la pureté du sentiment religieux en chassant les imaginations matérialistes qui sont ce que l'Occident a toujours reçu de l'Orient» Léon BRUNSCHVICG
Présent hier à la séance de rentrée du séminaire de Badiou : "S'orienter dans la pensée, s'orienter dans l'existence", j'ai eu le bonheur de voir Badiou se réclamer de Descartes, plus précisément il a dit "Descartes m'a beaucoup influencé, beaucoup plus que je ne le croyais moi même avant".
C'est évidemment en tant que penseur "héroïque" que Descartes a des analogies avec Badiou. Brunschvicg dirait : en tant que penseur viril, fondateur de l'Occident moderne par opposition aux pensées faibles de type mystique et oriental (qu'est ce qu'il ne dirait pas s'il avait connu les escrocs modernes qui se donnent le rôle de gourous ?).
Badiou trace plusieurs pistes d'influence entre Descartes et lui même:
-le sujet (le cogito, et aussi le sujet comme "vide" dans l'expérience du doute radical)
- la pensée de l'étendue comme géométrisable chez Descartes, comme multiplicité indifférente chez Badiou, en tout cas comme "sans aucun sens ni but"
-la création des vérités éternelles : par un évènement dont découle une procédure, un "corps subjectivable" de vérité chez Badiou, par Dieu chez Descartes : mais j'ai déjà expliqué que le dieu cartésien vient après le cogito, donc si l'on se fie à l'ordre des raisons explicité par Guéroult il n'infirme pas ce qui vient avant, et qui est le véritable apport philosophique de Descartes. D'autre part je tiens que l'on peut donner à ce "dieu" son véritable sens en le remplaçant par la Raison, l'intellect humain, et dans ce cas quoi de plus naturel que de considérer les vérités comme créées par l'Intellect ?
-la méfiance envers le vitalisme, qui culmine avec la théorie des animaux machines
-la primauté donnée à la Volonté sur le désir.
Par contre, les influences cartésiennes sur les thèses de ce blog sont de nature différente : la mathématique universelle est explicitée dans les Regulae, avant les Méditations et le cogito.
Badiou orientera le séminaire de cette année sur la notion de "traitement des points", cruciale pour s'orienter dans l'existence, dans un monde de plus en plus désorienté (Henry Corbin n'aurait pas dit mieux !
). Il désire s'inspirer à cet effet de la "morale par provision" de Descartes, définie dans la troisième partie du Discours de la méthode, en quatre règles, dont deux sont ordinaires et deux autres héroïques :
-l'entêtement, une fois qu'on a donné son assentiment
- la confiance en ses capacités.
J'ai eu l'enchantement de le voir expliquer le "larvatus prodeo" comme une "tactique" de Descartes, un peu un "deux pas en vant, un pas en arrière". Il y a une analogie avec le "caute" de Spinoza. Pour moi en tout cas c'est une raison supplémentaire d'admirer Descartes : je déteste les inconscients qui foncent au devant du danger quand ce n'est pas absolument nécessaire, et le fait que Descartes ait rangé son "Traité du monde" dans les tiroirs quand il a connu les ennuis de Galilée prouve qu'il était malin et prudent.
Autre point important qu'a développé Badiou : la double stratégie du "pouvoir" en ce qui concerne les "points", (qui, je le rappelle, sont dans un "monde" la convocation du sujet d'une procédure de vérité à la rencontre du "deux", à la nécessité de faire un choix absolu ) : soit essayer de suggérer que le monde est atone, qu'il n'y a pas de points, que tout cela est "un résidu d'idéologie" qui entraine vers l'extrémisme. Soit expliciter de "faux points", Badiou donne comme exemple le "choc des civilisations entre islamisme et démocratie occidentale", qui n'a selon lui aucune portée de vérité, même s'il en a une de teneur "étatique"
Publié par topos à 16:47:42 dans Philosophie | Commentaires (0) | Permaliens
je m'y rendrai moi même, mais incognito car avec tout ce que j'ai déversé comme fiel islamophobe sur ce blog et d'autres je serais certainement en mauvaise posture si j'étais reconnu....
et j'en ferai une recension fidèle, promis, et à cet effet ,j'éviterai de me rendre au cocktail de fin de colloque....car on sait comment ça finit 
Autour de Logiques des Mondes de Alain Badiou
École normale supérieure Amphithéâtre Rataud, 45 rue d'Ulm, 75005 Paris
09h00 - 09h30 Accueil et ouverture du colloque par Frédéric Worms et Yves Duroux
I. Badiou Now : Introduction à Logiques des Mondes
09h30 - 10h15 Peter Hallward
10h15 - 10h30 Discussion
10h30 - 11h00 David Rabouin, Objet, monde, relation, transcendantal
11h00 - 11h30 Pause
11h30 - 12h05 Quentin Meillassoux, La décision et l'indécidable dans l'Etre et l'événement I et II
12h05 - 12h15 Discutant : Oliver Feltham
12h30 - 14h00 Déjeuner / Lunch
II. Formes et figures dans Logiques des Mondes
14h00 - 14h35 Dimitra Panopoulos, « Tenir le point » l'événement et la question de l'action politique
14h35 - 14h45 Discutant : Remy Bac
15h00 - 15h30 Pause
15h30 - 16h05 Oliver Feltham, Evental site/event difference
16h05 - 16h15 Discutant : Elie During
16h30 - 17h05 Emmanuel Terray, Le possible et le miracle dans Logiques des mondes
17h05 - 17h15 Discutant :
The American University of Paris Grand Salon, 31 avenue Bosquet, 75007 Paris
09h00 - 09h30 Accueil
III. Logiques des Mondes
09h30 - 10h05 Patrice Maniglier, Le programme badiousien inscrit dans l'héritage du structuralisme des années 60 : une réalisation achevée...
10h05 - 10h15 Discutant : Yves Duroux
10h30 - 11h05 Maël Renouard, Les mondes crépusculaires
11h05 - 11h15 Discutant : Bruno Besana
11h30 - 12h00 Pause
12h00 - 12h35 Dominiek Hoens, On Love
12h35 - 12h45 Discutant : Lorenzo Chiesa
13h00 - 14h30 Lunch / Déjeuner
IV. Badiou dans le monde
14h30 - 15h05 Justin Clemens
15h05 - 15h15 Discutant : David Rabouin
15h30 - 16h05 Alberto Toscano, Theory of the Other Subjects
16h05 - 16h15 Discutant : Beau Madison Mount
16h30 - 17h00 Pause
17h35 - 17h45 Discutant : Zana Stefanovic
18h00 - 18h30 Pause
18h30 - 19h30 Table-ronde autour des différences entre Etre et événement I et II
19h30 - 20h00 Cocktail
Publié par topos à 15:08:47 dans Philosophie | Commentaires (0) | Permaliens
Publié par topos à 15:03:59 dans Philosophie | Commentaires (0) | Permaliens
On inaugure ici une "série spéciale" : donner des démonstrations mathématiques spécialement belles, sans aucune technicité pour être accessibles à tout le monde ou presque, et très courtes car comme on ne dispose pas de la notation mathématique.... par la force des choses ce sera donc le plus souvent des théorèmes élémentaires de l'arithmétique.
Commençons par le théorème bien connu :
"Il existe une infinité de nombres premiers"
(ici, par nombres on entend les nombres dits "naturels" : 1,2,3,....10,... 101, etc... , dont l'ensemble est noté N). Un nombre premier est un nombre qui n'est divisible que par 1 et par lui même. Exemple : 7 = 7*1 ; pas d'autre possibilité de le factoriser, dans N tout au moins (car bien sûr, dans le corps Q des nombres rationnels, on a 7 =(7/3) *3, etc...
Preuve :
supposons qu'ils soient en nombre fini k, soit une suite de nombres premiers ordonnés en sens croissant :
p1, p2, ..... pk
(la série commençant comme on sait par 2,3,5,7 etc..).
Soit alors le nombre : X = (Πipi) + 1 = p1*p2*....*pk +1 (* étant le signe de multiplication).
On sait d'après le théorème fondamental de l'arithmétique que ce nombre X, comme tout entier naturel, possède une décomposition unique (à l'ordre près) en facteurs premiers.
X = u1a1 ....ulal
Mais parmi ces facteurs premiers ui,, aucun ne peut être un des pi : en effet, si c'était le cas, ce nombre premier pi diviserait à la fois X et aussi, par définition, le produit produit supposé fini p1*....*pk. Donc il diviserait aussi leur différence, qui est par construction 1. Or aucun nombre entier (différent de 1 ) ne peut diviser 1.
Nous débouchons donc sur une absurdité, ce qui montre qu'il est impossible que les nombres premiers soient en nombre fini.
Publié par topos à 11:04:03 dans Théorie des nombres | Commentaires (0) | Permaliens
Publié par topos à 10:13:36 dans Philosophie | Commentaires (1) | Permaliens
qui pourrait mieux parler de moi que moi ? mais qui pourrait mieux parler de moi que n'importe quel autre, qui me voit en face à face ?
une fourmi noire,
dans la nuit noire,
sur la terre noire,
sous une pierre noire,
D-ieu seul la voit
et ici le diable souffle : Dieu....et la police, peut être ?
"le propre de l'esprit est de s'apparaitre à lui même dans la certitude d'une lumière croissante, tandis que la vie est essentiellement menace et ambiguïté. Ce qui la définit c'est la succession fatale de la génération et de la corruption. Voilà pourquoi les religions, établies sur le plan vital, ont beau condamner le manichéisme, il demeure à la base de leur représentation dogmatique... ce qui est constitutif de l'esprit est l'unité d'un progrès par l'accumulation unilinéaire de vérités toujours positives. L'alternative insoluble de l'optimisme et du pessimisme ne concernera jamais que le centre vital d'intérêt; nous pouvons être et à bon droit inquiets en ce qui nous concerne de notre rapport à l'esprit, mais non inquiets de l'esprit lui même que ne sauraient affecter les défaillances et les échecs, les repentirs et les régressions d'un individu, ou d'une race, ou d'une planète. Le problème est dans le passage , non d'aujourd'hui à demain, mais du présent temporel au présent éternel. Une philosophie de la conscience pure, telle que le traité de Spinoza "De intellectus emendatione" , en a dégagé la méthode, n'a rien à espérer de la vie, à craindre de la mort. L'angoisse de disparaitre un jour, qui domine une métaphysique de la vie, est sur un plan; la certitude d'évidence qu'apporte avec elle l'intelligence de l'idée, est sur un autre plan" Léon BRUNSCHVICG
Depuis le 25-10-2005 :
124150 visiteurs
Depuis le début du mois :
4010 visiteurs
Billets :
173 billets