• l' INFINI se laissait pousser comme une porte

     Victor Hugo , La fin de Satan :  http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Glaive

    «STROPHE CINQUIÈME. LA TRAPPE D'EN BAS ET LA TRAPPE D'EN HAUT

    L'infini se laissait pousser comme une porte;
    Et tout le premier jour se passa de la sorte;
    Et les aigles montaient.»

    auquel il faut adjoindre, si nous ne voulons pas commettre le plus terrible péché, celui d'oubli (de soi) :

    «Et les puissants oiseaux, la prunelle enflammée,
    Montaient, montaient sans cesse, et volant, furieux,
    Vers la chair, le faisaient envoler vers les cieux.

    Symbole de nos sens lorsqu'allant vers la femme,
    Eperdus, dans l'amour ils précipitent l'âme......

    .......Mais l'amour n'était pas au cœur du dur chasseur

    ce qui, si je ne me trompe, nous enjoint ceci :

    si dès le départ l'amour n'est pas en notre "coeur", il ne sert à rien de commencer , nous n'atteindrons pas le véritable Infini, le Seul, le vol du seul vers le Seul, le Vrai Bien... mais cet amour n'a rien à voir avec celui qui "monte vers la chair", celui qui précipite l'âme... le "coeur" que nous cherchons comme "espace internel" de nos "travaux" ne saurait donc être l'âme, l'anima.

    Nous devons , si nous devons développer dès le début cet "amour", nous détourner de la Femme, de la Femme Toute-Puissante....de la Mère, pour boire la goutte de néant qui manque à la mer (loque); si la Mer Rouge ne se fend pas en deux devant Nous pour que nous traversions à sec, alors vaine est notre foi, vaine est notre folie... mais comme tout est alors vain, que cela ne nous empêche pas de commencer.

    Le Chorus mysticus nous environne à son tour de ses sortilèges:

    CHORUS MYSTICUS:

    Alles Vergängliche
    Ist nur ein Gleichnis;
    Das Unzulängliche,
    Hier wird's Ereignis;
    Das Unbeschreibliche,
    Hier ist's getan;
    Das Ewig-Weibliche
    Zieht uns hinan.

    Tout ce qui passe
    N'est que symbole ;
    L'imparfait ici
    Devient événement (EREIGNIS);
    L'ineffable
    Est ici réalisé (se montre ?);
    L'éternel féminin
    nous entraîne vers les hauteurs (En Haut).

    La montée est sans doute égale à la descente, mais pour nous qui sommes chair (souffrante, éprouvante, aimante) cela n'est pas vrai : la montée est différente de la descente, il y a une orientation, seulement locale certes, mais qui n'en est pas moins "vraie pour nous".

    Or si les deux textes prodigieux nous stipulent que la montée se fait "vers la chair" et sous les auspices de la femme , l'éternel féminin certes, mais le féminin quand même, qui sans cesse cherche à "reprendre en elle" Icare aux ailes fracassées, alors la conclusion est évidente : c'est le sens de la descente que nous devons choisir, nous devons, comme l'ivrogne de caustique lunaire, "plonger au gouffre pour trouver du nouveau, pour ramener l'anneau"....pour quelles noces barbares ?

    "je me détourne du soleil" disait aussi le grand Achab dans "Moby Dick" avant de "capituler" devant la baleine blanche (autre symbole de la Femme : elle ne capitule jamais, elle)....il aurait pu aussi bien dire : "je me détourne de la Femme, Soleil de justice et d'amour, Tipheret qui est l'ornement des cieux".

    Achab doit aussi nous déterminer au grand plongeon, vers les profondeurs de nous mêmes (comme d'ailleurs le voyage au centre de la terre de Jules Verne), et d'ailleurs, alors que chez Hugo ce sont quatre aigles affamés qui emportent vers les hauteurs (factices) le "vaisseau" de Nemrod, appâtés par quatre dépouilles de lions lybiques  au bout de quatre piques, dans "Moby dick" c'est un aigle impérial qui est cloué au mât du navire englouti par Tashtego mourant, et la nef du vieux Roi ne "descendit pas en enfer sans emporter avec elle une part vivante du ciel". C'est dans les profondeurs que se joue le devenir du Tout, qui est le Vrai.

    quoiqu'il en soit, le vol du seul vers le Seul commence , comme tout, de manière ennuyeuse...rappelons nous les divagations passées (pas de beaucoup) à propos de ce satané 19 coranique...elles ne sont pas bien loin dans le passé!

    Ils sont 19 à y veiller (Coran, sourate 74, verset 30)

    Rappelons nous : les nombres défilent, de manière monotone : 1,2,3....4,5....17,18,19 : tiens, en voilà UN ! continuons : 20,21....36,37,38 : tiens, en voilà un second (multiple de 19)...etc..etc.. 55,56,57 tiens , un troisième !

    on peut continuer longtemps comme ça...un par un...on peut continuer une éternité puisqu'il n'y a pas de borne finale à N; si vous passez votre vie à réciter les nombres de cette manière, en en disant un par seconde (ce qui est déjà très fatigant), vous en direz 86400 par jour, mettons 3 millions par  mois, 36 millions par an, donc en une vie que je vous souhaite longue, un siècle, vous n'arriverez guère qu'à 3 ou 4 milliards ! soit même pas une goutte d'eau dans l'océan de N!

    N, c'est l'ensemble des entiers naturels ;  et la vision que je viens de décrire, les nombres qui défilent un par un, le type qui fait un pas après l'autre, cela pourrait être qualifié de "vision naturelle", de manière husserlienne.

    Nous pourrions aussi la qualifier de "vision archimédienne", non pas pour dénigrer le grand Archimède, mais en rapport avec l'axiome archimédien des valeurs absolues sur un corps, dont nous avons déjà parlé à propos des nombres p-adiques. Toute valeur absolue sur un corps (par exemple le corps des réels R, le corps des nombres rationnels Q) satisfait  l'inégalité du triangle :

    [ x + y] ≤ [x] + [y]

    Une valeur absolue est dite non-archimédienne si elle satisfait une inégalité plus forte :

    [ x + y] ≤ Max ([x] , [y])

    Dans un corps archimédien ( i e muni d'une valeur absolue archimédienne ) , une distance entre deux points, exprimée à l'aide de la valeur absolue par d(x,y) = [x-y], pourra toujours être "couverte" par une série de petits pas successifs.

    Dans un espace utramétrique, par exemple un corps non-archimédien de nombres p-adiques Qp ce n'est plus vrai, à cause de l'inégalité forte car si vous ajoutez deux petites longueurs d vous avez :

    [ d+ d] ≤ [d]

    et les espaces ultramétriques ont d'autres propriétés topologiques assez étonnantes : ainsi, pour chaque boule , tout point de la boule en est le centre; deux boules sont soit disjointes, soit l'une incluse totalement dans l'autre. Et pour couronner le tout, tous les triangles sont isocèles !

    Dans un espace ultramétrique, le paradoxe de Zénon a bien des chances d'être valide : Achille ne rattrape jamais la tortue !

    Selon cette vision, il y a "beaucoup plus" de non multiples de 19 que de multiples de 19, puisque ceux ci apparaissent "tous les 19 pas", comme sur l'autoroute les bornes kilométriques.

    Or cette vision est fausse, elle mène à des jugements erronés, et c'est sur cette "illusion" que se basaient les propagandistes islamiques pour leurs escroqueries sur les "très grands nombres du Coran":

    http://www.blogg.org/blog-30140-billet-les_tres_grands_nombres_du_coran___un_pretendu_miracle_qui_est_en_fait_une_imposture-1086710.html

    Coup de théâtre : c'est le contraire de l'apparence "archimédienne" qui est vrai !

    la vérité objective, c'est qu'il y a, dans N, beaucoup plus de multiples de 19 que de non multiples de 19, contrairement aux "apparences" de la vision naturelle ou archimédienne ...

     et quand je dis "beaucoup plus" c'est "infiniment plus" qu'il faudrait dire ! une démonstration en a été donnée dans l'article ci dessus , mais on peut s'en assurer immédiatement en observant la décomposition de chaque nombre en facteurs premiers,comme un produit infini :

        n=  i  pi ki    (où n est un entier naturel quelconque)

     le produit s'étend à tous les nombres premiers pi   qui sont en nombre infini : 2,3,5,7,11,13,17,19,23,etc...bien entendu, pour que nous parlions bien de nombres entiers "réels, accessibles à la vision naturelle", il faut que tous les exposants ki  soient nuls sauf pour un nombre fini de pi .

    Dans cette notation les non multiples de 19 sont les nombres pour lesquels l'exposant correspondant à 19 est nul, les multiples de 19 sont ceux pour lesquels cet exposant est non nul. Nous voyons donc avec évidence qu'à chaque "non multiple" de 19 nous pouvons faire correspondre une infinité de multiples de 19 en le multipliant par  : 19, puis 192 , 193 etc..., 'est à dire en faisant prendre à l'exposant de 19 les valeurs successives : 1,2,3,...etc...à l'infini.

    Ce que Hegel n'avait pas prévu

    La "vision naturelle" que je viens d'évoquer, elle correspond au "mauvais infini" de Hegel : celui qui est "inaccessible", l'oasis dans le désert qui n'est peut être qu'un mirage , il brille au loin, toujours plus loin que ce que peut parcourir le voyageur mourant de soif

    La "bonne nouvelle", l'Evangile offert ici, c'est que cette vision (désespérante) est fausse ! cela vient d'être démontré ici.

    Elle, et son "mauvais infini" correspond à ce que Brunschvicg appelle les "apparences dûes à l'égoïsme vital", par exemple dans ce passage prodigieux de "Raison et religion" :

    "il ne s'agit plus pour l'homme de se soustraire à la condition de l'homme. Le sentiment de notre éternité intime n'empêche pas l'individu de mourir, pas plus que l'intelligence du soleil astronomique n'empêche le savant de voir les apparences du soleil sensible. Mais, de même que le système du monde est devenu vrai le jour où la pensée a réussi à se détacher de son centre biologique pour s'installer dans le soleil, de même il est arrivé que de la vie qui fuit avec le temps la pensée a fait surgir un ordre du temps qui ne se perd pas dans l'instant du présent, qui permet d'intégrer à notre conscience toutes celles des valeurs positives qui se dégagent de l'expérience du passé, celles là même aussi que notre action réfléchie contribue à déterminer et à créer pour l'avenir. Rien ici qui ne soit d'expérience et de certitude humaines. Par la dignité de notre pensée nous comprenons l'univers qui nous écrase, nous dominons le temps qui nous emporte; nous sommes plus qu'une personne dès que nous sommes capables de remonter à la source de ce qui à nos propres yeux nous constitue comme personne...."

     bien entendu, notre "individu", notre petite personne , à laquelle nous attribuons tant d'importance à cause de l'illusion vitale (qui est celle du Dieu de l'homo faber, le dieu des croyants et des religieux), mourra, disparaitra définitivement, au bout de quelques milliards de nombres comptés... elle aura compté 19 fois moins de multiples de 19 que de non multiples.

    Mais cela est objectivement et démonstrativement faux, comme nous venons de nous en assurer. Ce sont des apparences seulement vitales, qui peuvent et doivent se dissiper à la lumière du Soleil intelligible de la Raison...la Raison, ou l'Esprit, qui est supérieure à la Vie.

    Nous pouvons donc espérer passer du "sentiment de notre éternité intime" à la certitude rationnelle, vérifiée  et objectivement prouvée de cette éternité, grâce à notre petit schéma sur les nombres. Et c'est Brunschvicg lui même qui nous invite à dépasser son verbe (d'une puissance et d'une beauté prodigieuse, à jamais inégalée et inégalable), qui nous l'ordonne même : car le Verbum ratio, le mathema, est infiniment plus puissant, s'agissant de vérité, que le verbum oratio, le logos, et cette dualité commande l'opposition entre l'idéalisme mathématique de la République platonicienne ,qui est la pierre de fondation de l'Occident, et le réalisme astrobiologique de la Métaphysique aristotélicienne, qui est d'origine et de caractère asiatique, comme on peut s'en assurer grâce au livre de René Berthelot : "l'Astrobiologie et la pensée de l'Asie", voir:

    http://www.blogg.org/blog-64760-billet-l_astrobiologie___origine_des_sciences_modernes_et_des_religions-663616.html

    «l’opposition décisive entre l’idéalisme mathématique de la République platonicienne et le réalisme astro-biologique de la Métaphysique aristotélicienne a défini le thème fondamental de l’Occident dans le domaine pratique comme dans le domaine théorique, indépendamment de toute référence au christianisme. Plusieurs siècles avant qu’il ait commencé d’exercer sa propagande, la polémique de l’Académie et du Lycée apporte le témoignage lumineux qu’il existe deux types radicalement distincts de structure mentale, commandés, l’un par les relations de la science (μαθήματα), l’autre par les concepts du discours (λόγοι). De là procède le problème religieux, tel qu’il se manifeste dans la  terminologie des Stoïciens avec la dualité du Verbe intérieur, ou raison : λόγος ἐνδιάθετος, et du Verbe extérieur, ou langage : λόγος προφορικός. Ce problème, s’il devait prendre dans le christianisme une forme de plus en plus aiguë, ne relève à son origine que de la seule philosophie. »

    Où la trouverons nous, cette certitude rationnelle de notre éternité intime ? tout simplement en passant du mathème , additif, de la vision naturelle, au mathème , multiplicatif, du produit infini de la décomposition en facteurs premiers (qui , rappelons le, de par le théorème fondamental de l'arithmétique, existe et est unique pour chaque entier naturel) :

    n= ∏ i  pi ki   

    mais vous trichez, me rétorquera t'on ! car l'infini, le mauvais infini, se réintroduit, par le fait indéniable que vous ne pouvez pas noter tous les nombres premiers : votre artifice de notation n'empêchera pas que vous ne pouvez les énumérer et les écrire tous !

    Je pourrais répondre qu'il s'agit ici de pensée et non d'écriture : les écrire tous ensemble, ce serait certes encore le mauvais infini, mais les penser tous ensemble, comme dans ce petit mathème très simple, cela c'est l'infini "intime à notre conscience" : éternité intime qui ne doit plus rien à la vie et au monde.

    Mais nous pouvons nous en assurer en passant à une troisième notation , ou plus aucun "mauvais infini" ne pointe le bout de son nez : la notation par fonction, ou par morphisme, pour aborder la théorie des catégories qui est le véritable cadre de cette "nouvelle pensée" des nombres.

    Le produit infini ci dessus peut s'exprimer comme une fonction :

                f : P  → N

    associant à chaque nombre premier (qui appartient à l'ensemble P des nombres premiers) son exposant qui appartient à N. Et donc l'exposant sera à son tour une flèche, on aura donc un emôîtement à l'infini de flèches... peu importe, nous ne voulons pas ici créer une nouvelel théorie des nombres (quoique...), nous voulons nous élever à la Pensée Infinie qui est D-ieu.

    Dans la vision naturelle (charnelle), les multiples de 19 sont "toujours trop loin", au delà de nos atteintes qui se font "pas à pas", c'est pourquoi nous prenons pour réalité l'apparence qui nous fait croire qu'ils sont bien moins nombreux alors qu'ils sont infiniment plus nombreux.

    Dans la vision catégorique-transcendantale (spirituelle) , ils sont là, au creux de la main : chaque fonction (chaque flèche, ou morphisme de chaque catégorie) est un infini, l'infini qui est là, avec nous (Immanuel).

    La vision naturelle, ou archimédienne, correspond au regard de l'homme à terre, perdu dans une immensité qui le dépasse et l'écrase, dont il ne peut parcourir que de petits domaines, en faisant un pas, puis un pas..on pourrait aussi la rattacher à la conception axiomatique, qui dérive patiemment des théorèmes l'un après l'autre, à partir d'axiomes

    La vision transcendantale, ou zénonienne, est celle du regard de l'aigle, qui surplombe la terre,  ou de l'homme qui s'élève sur un sommet montagneux pour embrasser du regard toute la plaine : c'est celle de la Mathesis universalis, qui procède non par axiomes mais d'un seul coup d'oeil, par Principes. Whitehead y fait allusion au début de "Process and reality", dans ce passage bouleversant où il parle de la méthode de la découverte (qui n'est rien d'autre qu'un aspect de la Mathesis universalis, comme le savait Descartes) , "semblable au vol d'un avion". 

    "The true method of discovery is like the flight of an aeroplane. It starts from the ground of particular observation; it makes a flight in the thin air of imaginative generalization; and it again lands for renewed observation rendered acute by rational interpretation. "

    Ceci correspond aussi aux deux "conceptions de la connaissance : encyclopédique et unitive", qu'à la suite de Christian Godin j'ai distinguées, voir la page permanente de ce blog titrée : "Mathesis universalis, totalité et savoir absolu" :

    http://mathesis.blogg.org/page-mathesis_universalis__totalite_et_savoir_absolu-783.html

    citons par exemple :

    "Nous sommes donc ramenés à l'Un, au savoir et à la connaissance donc; là encore, comme le fait remarquer Godin page 513 volume 2, il y a deux manières de prendre une vue complète d'un paysage : en le parcourant entièrement, ou bien en montant sur une hauteur et en "embrassant d'un seul coup d'oeil", d'un "oeil d'aigle", la totalité du paysage.

     Ce qui correspond pour le domaine du savoir aux deux approches : encyclopédique  (faire un tour exhaustif des différents domaines du savoir) , ou bien unitive:"saisir l'unité profonde des connaissances et (par) la mise au jour des
    principes".

    ou encore, ajoute Godin : d'un côté ceux qui font prédominer totalité sur unité
    (les encyclopédiques), de l'autre ceux qui privilégient l'unité (les
    mathematikoi, les gens du mathème, ou plutôt de la mathesis).....

    Reprenant l'image du paysage dont on peut soit faire le tour, de façon encyclopédique, soit avoir une vue d'ensemble et panoramique en montant sur une hauteur, on pourra dire que la hauteur, la montagne, est la mathématique universelle. Mais cette montagne s'élève bien plus haut que la Tour de Babbel, dont elel est d'ailleurs l'exact inverse : unité de LA mathématique universelle contre confusion des langues et des "cultures" et "religions" (ethniques). Elle s'élève bien plus haut parce qu'elle s'élève...à l'infini...potentiellement parlant du moins. On n'en conçoit pas le terme."

     Ici cependant je me dois de procéder à un sérieux avertissement à l'intention du lecteur : car nous abordons là une zone de grands dangers (spirituels) et  je suis d'ailleurs persuadé que Brunschvicg aurait ici fait des objections définitives... opposer au travail patient et scrupuleux du savant ou même du chercheur spécialisé le "regard d'aigle" de celui qui s'élève sur un sommet de la connaissance et procède par Principes, non par axiomes et dérivation logique, est évidemment très dangereux, et peut cacher la tentation (démoniaque) de quitter le domaine de la Raison pour celui de la mystique, du prophétisme  ou de l'intuition intellectuelle .

    L'aigle est lié au nazisme, plus précisément, dans la doctrine ésotérique il symbolise l'esprit mais il chute et est transformé par le scorpion, qui symbolise le sexe  (ceci soit dit sans tomber dans l'idolâtrie de l'astrologie propre aux charlatans occultistes modernes): ceci fait allusion au terribles dangers liés au sexe et à son utilisation par les mages noirs (et c'est ainsi qu'ont procédé ceux qui ont créé de toutes pièces le nazisme et ses prédécesseurs "ésotériques" : théosophie, Golden Dawn, Ordo Templi Orientis, et enfin Société Thulé, mais ici je ne peux rien dire de plus, et en ai déjà trop dit)

    C'est ainsi que naissent tous les fascismes : de la paresse intellectuelle qui incite à la fornication, puis à la violence et au crime. Dans la "Montagne magique" de Thomas Mann, c'est évidemment la tentation luciférienne adressée par le jésuite Naphta au "bourgeois de la plaine transporté malgrès lui dans la montagne des péchés" : Hans Castorp. Castorp trouve la voie de l'équilibre grâce à la puissance spirituelle qui fait contrepoids à Lucifer-Naphta : Settembrini, l'homme de l'Aufklärung...

    et ce n'est d'ailleurs pas un hasard si René Guénon ("Abd Al Wahid Yahya") ne cesse de vitupérer la science occidentale, à laquelle il oppose une prétendue "science traditionnelle", en accusant l'Occident de ne pas avoir de Principes intellectuels.

    Ces Principes existent bel et bien, et sont à l'oeuvre dans la science occidentale (et seulement en elle) mais ils sont l'objet d'une recherche, d'une quête, pourrions nous dire en référence à la quête du Graal, qui est une tâche Infinie : les deux écueils seraient ici de dire qu'il n'y a pas de Principes, que c'est un mensonge dogmatique ou "mystique", et symétriquement de dire que ces Principes sont déjà là, que nous les avons à notre disposition..

    Le premier danger est celui du scepticisme, ou du naturalisme, le second est bien pire, car il comporte la proximité du MAL ABSOLU consistant à prendre pour les Principes éternels et absolus de la connaissance de faux principes issus de nos instincts vitaux se faisant passer pour spirituels. Et c'est bien à ce terrible danger qu'a succombé René Guénon comme bien d'autres.

    Pour éviter autant que faire se peut ce danger de perdition spirituelle définitive, il faut absolument que les recherches intellectuelles des Principes, propres à la Mathesis universalis, soient précédées d'une ascèse permettant de séparer le Moi vital et le Moi spirituel et peu à peu de remplacer le premier par le second, qui n'est autre que le Christ-LOGOS : "il faut qu'IL croisse, et que je diminue"

    il fallait que ceci fût dit, continuons...

    Dans la vision charnelle et athée qui reste celle d'Alain Badiou, il y a une infinité d'infinis différents, les Alephs de Cantor. Et l'athéisme (revendiqué) de Badiou, qui est celui de l'hypothèse communiste, consiste à détrôner l'UN de par la banalité des infinis qui sont partout

    Dans la vision spirituelle-christienne que nous tentons de mettre ici en place, il y a UN Infini, l'Un, D-ieu, le Vrai Bien, "ce qui" est la condition de possibilité du fait que nous puissions voir l'infini dans chaque flèche, l'éternité dans chaque seconde. "Ce qui" fait que nous puissions (je dis bien "puissions") ne pas devenir fous à lier , fous de désespoir dans l'espace-temps de Blaise Pascal !

    A Carthage alors je m'en fus

    Brûlant brûlant brûlant brûlant

    O Seigneur tu m'arraches

    O Seigneur tu arraches

    Brûlant.

    Il est intéressant de voir au niveau du mathème pourquoi, dans cette vision, c'est toujours la même flèche (infinie) qui revient...ce n'est jamais qu'une différentiation de la flèche archétypique qui est l'Un-identité-dans-la-différence :

            IdA : A→ A

    Un nombre est donc une flèche dans une catégorie C:

      f : P → N

    mais nous pouvons parler de la collection , notée :  Hom C (P,N)

    de tous les morphismes de cette sorte, de tous les nombres donc : infinité d'infinis , si l'infini se love au coeur de chaque morphisme.

    Poussons le mouvement un cran plus loin : ceci nous conduit à associer à chaque objet de la catégorie la collection des morphismes (qui est un ensemble, de par les axiomes de la théorie) qui en partent, ou qui y arrivent :

                 P → Hom(P,-)

         Ceci est un foncteur, associant à chaque objet de C un ensemble, l'ensemble des morphismes qui partent de cet objet :

               F    :   C   → Ens       

    Un tel foncteur est ce que l'on appelle un faisceau (ou plutôt un préfaisceau, "presheaf"). Le foncteur F n'est jamais que la flèche f qui revient à un autre niveau, supérieur...et l'on continuera en associant à chaque catégorie l'ensemble des foncteurs d'elle vers Ens, soit l'ensemble des préfaisceaux : nouveau foncteur, nouvelle flèche à un niveau encore supérieur, allant de la catégorie des catégories à la catégorie des préfaisceaux...

     Cela, ce sont les mathématiques dans leur stade le plus évolué, le stade catégorique, venant après le stade ensembliste : mais la vision spirituelle-transcendantale  s'en empare et découvre l'Infini, le Seul, qui revient toujours dans chaque flèche, chaque foncteur, chaque faisceau...

    J'ai débuté par Hugo, Goethe et Melville, je ne peux faire moins que de terminer par Balzac et Louis Lambert :  http://fr.wikisource.org/wiki/Louis_Lambert

     

    «Le Nombre est un témoin intellectuel qui n’appartient qu’à l’homme, et par lequel il peut arriver à la connaissance de la Parole.


    XI.

    Il est un nombre que l’impur ne franchit pas, le Nombre où la création est finie.


    XII.

    L’Unité a été le point de départ de tout ce qui fut produit ; il en est résulté des Composés mais la fin doit être identique au commencement. De là cette formule spirituelle : Unité composée, Unité variable, Unité fixe.

    Trois est formule des Mondes créés. Il est le signe spirituel de la création comme il est le signe matériel de la circonférence. En effet, Dieu n’a procédé que par des lignes circulaires. La ligne droite est l’attribut de l’infini ; aussi d’homme qui pressent l’infini la reproduit-il dans ses œuvres. Deux est le Nombre de la génération. TROIS est le Nombre de l’existence, qui comprend la génération et le produit. Ajoutez le Quaternaire, vous avec le sept, qui est la formule du ciel. Dieu est au-dessus, il est l’Unité.

    Il existe trois mondes : le NATUREL, le SPIRITUEL, le DIVIN.

    L’Humanité transite dans le Monde Naturel, qui n’est fixe ni dans son essence ni dans ses facultés. Le Monde Spirituel est fixe dans son essence et mobile dans ses facultés. Le Monde Divin est fixe dans ses facultés et dans son essence. Il existe donc nécessairement un culte matériel, un culte spirituel, un culte divin ; trois formes qui s’expriment par l’Action, par la Parole, par la Prière, autrement dit, le Fait, l’Entendement et l’Amour. L’Instinctif veut des faits, l’Abstractif s’occupe des idées, le Spécialiste voit la fin, il aspire à Dieu qu’il pressent ou contemple.


    XXI.

    Aussi, peut-être un jour le sens inverse de l’Et Verbum Caro Factume est, sera-t-il le résumé d’un nouvel évangile qui dira : Et la chair se fera le Verbe, elle deviendra LA PAROLE de DIEU.»

    mais cette "chair" spirituelle n'est pas celle vers laquelle les aigles de Nemrod montaient...

    «Et les aigles montaient.

                                  Leurs ailes éperdues
    Faisaient, troublant au loin les calmes étendues,
    Un vaste tremblement dans l'immobilité;
    Autour du char vibrait l'éther illimité,
    Mer que Dieu jusque-là seul avait remuée.

    Comme ils allaient franchir la dernière nuée,
    Les monts noirs qui gisaient sur terre, soucieux,
    Virent le premier aigle escaladant les cieux
    Comme s'il ne devait jamais en redescendre,
    Se tourner vers l'aurore et crier : Alexandre!
    Le deuxième cria du côté du midi :
    Annibal! Le troisième, à l'oeil fixe et hardi,
    Sur le rouge occident jeta ce cri sonore :
    César! Le dernier, vaste et plus terrible encore,
    Fit dans le sombre azur signe au septentrion
    Ouvrit son bec de flamme et dit : Napoléon!»



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