• NETWORK de Sidney Lumet : the world IS a business

    "Network" de Sidney Lumet (réalisé en 1976 ) est un chef d'oeuvre , du même niveau que "12 hommes en colère" (1957), "Verdict" (1982) et que le dernier "7h58 ce samedi là", en anglais : "Before the devil knows you 're dead" (2006)que j'avais commenté à sa sortie :

    http://www.blogg.org/blog-64760-billet-sidney_lumet___7h_58_ce_samedi_la__before_the_devil_knows_you_re_dead_-677706.html

    http://en.wikipedia.org/wiki/Network_(film)

     On ne peut pas ne pas noter une évolution dans ces quatre chefs d'oeuvre de celui qui est sans doute le plus grand réalisateur américain actuel (et inactuel, d'un certain point de vue) : évolution de l'optimisme dynamique (qui est quand même bien, parait il, la signature américaine ?) vers le complet désespoir d'une vision de l'homme comme "écrasé" , "broyé", totalement impuissant et insignifiant.

    En somme : du dynamisme des années 50 aux années de la crise de 2008, qui est rétrospectivement visible dans le film de 2006 (non, je ne l'avais pas vue !!! mais je me souviens qu'en sortant du cinéma, j'étais tellement mal à l'aise que j'avais été vider 2 ou 3 vodkas dans un bar à Montparnasse).

    Dans "12 hommes en colère", Henry Fonda arrive à retourner les 11 autres jurés dans le procès d'un "jeune latino" dont la culpabilité (dans le meurtre de son père) semble évidente : à la fin du film, on ne saura pas si l'accusé est coupable ou innocent, d'ailleurs ce n'est pas l'objet du film  : mais il sauvera sa tête, grâce à Henry Fonda.

    C'est là (1957) la période des "Lumières" chez Lumet le jeune : la vérité est accessible à tous, même s'il faut un travail, et un courage,  énormes pour contourner les préjugés et accéder à la vérité.

    Dans "Verdict", Paul Newman est un avocat alcoolique, confronté à plus fort que lui dans un procès semblant là aussi couru d'avance : un hopital coupable de négligences, mais défendu par un consortium d'avocats puissants. A la fin il gagnera quand même , bien que confronté à la trahison de Charlotte Rampling la femme qu'il aime.

    Dans "7h 58" plus de lutte entre l'individu et le "système qui l'écrase" , les individus s'écrasent eux mêmes et entre eux , c'est bien plus simple  : chaos généralisé.

    Dans "Network" le rôle de l'individu est tenu par le vieillissant William Holden qui a une brève liaison avec la très belle Faye Dunaway, mais c'est pour constater que cette "nouvelle génération" entièrement façonnée (pour la première fois dans l'histoire humaine) par la télévision , n'a plus rien d'humain, ou pour parler autrement est composée d'humanoïdes.

    avant de la quitter (pour sauver sa propre vie, car elle détruit, cette nouvelle génération, tout ce qu'elle touche), il lui dit : "je ne te demande qu'une seule chose : m'aimer"

    Et Diana Christensen (Faye Dunaway) lui répond, sincère  : "je ne sais pas comment on fait". Opérativité sans limites, et sans conscience : plus de substance humaine.

    C'est Diana Christensen qui succède à Max Schumacher aux commandes du JT pour le réseau de télévision UBS : c'est elle qui , pour augmenter les scores à l'Audimat, choisit de laisser en place le journaliste Howard Beale qui sombre dans un épisode de folie mystique provoqué en partie  par l'ivrognerie.

    Au début, cela marche très bien : le JT devient une sorte de "reality show" comme on en connait maintenant, où alternent les puthies, les astrologues, les gourous et le "prophète" Howard Beale qui devient de plus en plus timbré. Les scores suivent.

    Mais le patron de la chaîne, Arthur Jensen, convoque Howard Beale dans son bureau à New York, car il veut l'enrôler au service de la mondialisation  et de son idéologie; à partir de là, le public ne suit plus, car le nouveau discours du "prophète" consiste à lui asséner chaque jour :

    "la démocratie est une farce; la liberté est une farce; la politique est une farce; la religion est une farce; il n'y a qu'une vérité : le profit"

    Aussi les taux d'écoutes s' effondrent de nouveau. Cela ne cause aucun trouble à Jensen, qui veut bien perdre de l'argent (sur cette chaîne particulière) pour propager son idéologie.

    Cela ennuie beaucoup plus Diana Christensen et les sombres personnages qui gravitent autour d'elle , dont des terroristes noirs qu'elle enrôle dans un reality show : pour se débarrasser du gênant Howard Beale que Jensen se refuse à licencier, autant que pour créer l'évènement, elle fait assassiner Beale au cours du JT... il deviendra ainsi le premier présentateur tué pour motif de faibles scores à l'Audimat !

    certes ceci n'est jamais arrivé "dans la réalité" (quoique ??) , on ne tue pas avec des balles, sur les plateaux TV, mais avec des paroles et des applaudissements "commandés" aux pauvres larves qui veulent assister "en direct" aux émissions : Eric Zemmour en sait quelque chose, mais heureusement il est toujours vivant, et pas grâce à Laurent Ruquier !

    Vous avez ici cette prodigieuse scène entre Jensen et Beale, au cours de laquelle le premier enrôle le second au service de la mondialisation (1976, c'était le début du devenir-irrémédiable de celle ci, c'est d'ailleurs aussi en cette année que se passe le film "The Box" que j'ai commenté ici:

    http://www.blogg.org/blog-30140-billet-the_box-1105226.html)

    Scène ente Jensen et Beale sur youtube : 

    http://www.youtube.com/watch?v=JvMgfRx8t94

    http://video.google.fr/videosearch?hl=fr&q=Network+Lumet+Jensen+Beale+youtube&um=1&ie=UTF-8&ei=e-MXS92XBpGL4AbtkanvAg&sa=X&oi=video_result_group&ct=title&resnum=1&ved=0CBAQqwQwAA#hl=fr&q=Network+Lumet+Jensen+Beale+youtube&um=1&ie=UTF-8&ei=e-MXS92XBpGL4AbtkanvAg&sa=X&oi=video_result_group&ct=title&resnum=1&ved=0CBAQqwQwAA&qvid=Network+Lumet+Jensen+Beale+youtube&vid=-2588045715742513635

     Vous avez les dialogues du film (en anglais) ici :

    http://www.imdb.com/title/tt0074958/quotes

    extraits (la scène Jensen-Beale, définitivement le moment clé du film):

    Arthur Jensen: [bellowing] You have meddled with the primal forces of nature, Mr. Beale, and I won't have it! Is that clear? You think you've merely stopped a business deal. That is not the case! The Arabs have taken billions of dollars out of this country, and now they must put it back! It is ebb and flow, tidal gravity! It is ecological balance! You are an old man who thinks in terms of nations and peoples. There are no nations. There are no peoples. There are no Russians. There are no Arabs. There are no third worlds. There is no West. There is only one holistic system of systems, one vast and immane, interwoven, interacting, multivariate, multinational dominion of dollars. Petro-dollars, electro-dollars, multi-dollars, reichmarks, rins, rubles, pounds, and shekels. It is the international system of currency which determines the totality of life on this planet. That is the natural order of things today. That is the atomic and subatomic and galactic structure of things today! And YOU have meddled with the primal forces of nature, and YOU...WILL...ATONE!
    Arthur Jensen: [calmly] Am I getting through to you, Mr. Beale? You get up on your little twenty-one inch screen and howl about America and democracy. TheThere is no America. There is no democracy. There is only IBM, and ITT, and AT&T, and DuPont, Dow, Union Carbide, and Exxon. Those *are* the nations of the world today. What do you think the Russians talk about in their councils of state, Karl Marx? They get out their linear programming charts, statistical decision theories, minimax solutions, and compute the price-cost probabilities of their transactions and investments, just like we do. We no longer live in a world of nations and ideologies, Mr. Beale. The world is a college of corporations, inexorably determined by the immutable bylaws of business. The world is a business, Mr. Beale. It has been since man crawled out of the slime. And our children will live, Mr. Beale, to see that . . . perfect world . . . in which there's no war or famine, oppression or brutality. One vast and ecumenical holding company, for whom all men will work to serve a common profit, in which all men will hold a share of stock. All necessities provided, all anxieties tranquilized, all boredom amused. And I have chosen you, Mr. Beale, to preach this evangel.
    Howard Beale: Why me?
    Arthur Jensen: Because you're on television, dummy. Sixty million people watch you every night of the week, Monday through Friday.
    Howard Beale: I have seen the face of God.
    Arthur Jensen: You just might be right, Mr. Beale.

    Faut il vraiment traduire ??

    " Il n'y a pas  de  nations...il n'y a pas de démocratie... nous ne vivons plus dans un monde de nations et d'idéologies...Le monde est une affaire, Mr Beale"

    "nos enfants vivront dans ce...monde parfait, Mr Beale...où il n'y aura plus de guerre, de famine, d'oppression...une vaste et universelle entreprise pour laquelle tous les hommes travailleront, et dont ils possèderont tous des actions....tous besoins comblés, toute anxiété tranquillisée, tout ennui diverti...et je vous ai choisi, Mr Beale, pour prêcher cet EVANGILE"

    JESUS et ISAIE à Manhattan !!!

    à vrai dire, Schopenhauer disait déjà au 19 ème siècle :

    "la vie est une affaire qui ne paye pas ses dettes"

    et à la fin, à  Beale, subjugué, qui dit : "j'ai vu la face de Dieu", Jensen de répondre :

    "Vous pourriez bien avoir raison !"

    Faut il vraiment commenter ? faut il vraiment se demander si cela est maintenant devenu la réalité, NOTRE réalité ??


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