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Mathesis universalis sive Amor Dei intellectualis

l'esprit se refuse au Dieu du mystère comme au Dieu des armées

L'homme OCCIDENTAL

«L'homme occidental, l'homme suivant Socrate et suivant Descartes, dont l'Occident n'a jamais produit, d'ailleurs, que de bien rares exemplaires, est celui qui enveloppe l'humanité dans son idéal de réflexion intellectuelle et d'unité morale. Rien de plus souhaitable pour lui que la connaissance de l'Orient, avec la diversité presqu'infinie de ses époques et de ses civilisations. Le premier résultat de cette connaissance consistera sans doute à méditer les jugements de l'Orient sur l'anarchie et l'hypocrisie de notre civilisation, à prendre une conscience humiliante mais salutaire, de la distance qui dans notre vie publique comme dans notre conduite privée, sépare nos principes et nos actes. Et, en même temps, l'Occident comprendra mieux sa propre histoire: la Grèce a conçu la spéculation désintéressée et la raison politique en contraste avec la tradition orientale des mythes et des cérémonies. Mais le miracle grec a duré le temps d'un éclair. Lorsqu'Alexandre fut proclamé fils de Dieu par les orientaux, on peut dire que le Moyen Age était fait. Le scepticisme de Pyrrhon comme le mysticisme de Plotin ne s'explique pas sans un souffle venu de l'Inde. Les "valeurs méditérranéennes", celles qui ont dominé tour à tour à Jérusalem, à Byzance, à Rome et à Cordoue, sont d'origine et de caractère asiatique...... quant à l'avenir de l'Occident, il n'est pas ici en cause : une influence préméditée n'a jamais eu de résultats durables, et prédire est probablement le contraire de comprendre. Toute réflexion inquiète de l'Européen sur l'Europe trahit un mauvais état de santé intellectuelle, l'empêche de faire sa tâche, de travailler à bien penser, suivant la raison occidentale, qui est la raison tout court, de faire surgir, ainsi que l'ont voulu Platon et Spinoza, de la science vraie la pureté du sentiment religieux en chassant les imaginations matérialistes qui sont ce que l'Occident a toujours reçu de l'Orient» Léon BRUNSCHVICG

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    De PASCAL à SADE : la subversion de la métaphysique occidentale | 04 décembre 2009

    «Pascal fut le premier des pervers puritains. Il le fut avec un génie tragique, hors du commun".

    Tel est le diagnostic que nous livre, à propos de l'énigme de Pascal (j'ai parlé hier d'un écueil, pour nous en tout cas qui entreprenons maintenant d'unifier le Dieu des philosophes et le  Dieu chrétien) , cet ouvrage dont j'ai déjà parlé : "La cité perverse" par Dany-Robert Dufour.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Blaise_Pascal

    et , puisque j'en suis aux références, voici le lien de l'édition des oeuvres complètes de Pascal par Brunschvicg (13 volumes, sur Internet Archive):

    http://www.archive.org/search.php?query=creator%3A%22Brunschvicg%2C%20L%C3%A9on%2C%201869-1944%22

    Car Brunschvicg, s'il a défini sa philosophie CONTRE Pascal, fut tellement fasciné (et rendu admiratif, si non muet)  par l'homme et l'oeuvre qu'il lui a consacré une grande partie de sa vie, qu'il aurait pu sinon consacrer aux sciences, ou à d'autres philosophes...et n'oublions pas que l'édition d'une oeuvre comme celle là, cela demande beaucoup de temps.

    Venant d'un homme comme Brunschvicg, le plus important de toute l'histoire de la pensée humaine à notre avis, ceci ne saurait être négligé !

    Oui : ce choix fait par Brunschvicg nous est un autre signe de l'importance exceptionnelle que doit avoir l'affrontement à Pascal...ou bien la reddition sans conditions ? mais pas sans combattre en tout cas, et donc pas sans lire ni méditer d'abord...

    Et j'en profite aussi pour signaler que le livre de Brunschvicg "Le génie de Pascal" est enfin téléchargeable sur le site déjà cité si souvent et qui contient la quasi totalité des oeuvres de Brunschvicg :

    http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/genie_de_pascal/genie_de_pascal.html

    Je ne l'ai encore jamais lu: aussi ne puis je pas le commenter ici, mais bien sûr cela viendra en son temps.

    Revenons donc à Dany Robert Dufour, qui je le rappelle a déjà écrit plusieurs livres d'une valeur exceptionnelle, comme "L'art de réduire les têtes" (que ne désavouerait sans doute pas Finkielkraut) et "On achève bien les hommes" : il se présente comme un athée (un incroyant) venant démontrer que la banalisation de l'athéisme mène tout droit l'humanité à l'engloutissement dans l'horreur. Eh oui !

    Pascal y est présenté comme n'étant rien de moins que ce "pervers" qui a subverti la métaphysique occidentale, qui depuis Saint Augustin était centrée sur Dieu, en la faisant tourner désormais autour de l'homme et de son "amour de soi même", ce qui mène au libéralisme d'Adam Smith et de Mandeville, puis à la "subversion absolue" de Sade. Pascal inaugure d'ailleurs, entre autres, la théorie des probabilités, et le capitalisme, sous la forme de l'ancêtre de nos autobus, métros et tramways : les carrosses à cinq sols.

    Seulement attention : Pascal n'est pas libéral ni capitaliste, pas plus que Moïse n'est juif, Boudha bouddhiste ou Marx marxiste. Par contre Mahomet est bel et bien musulman : d'où l'on voit que c'est un piètre personnage...

    La grandeur et l'exception de la "perversion" de Pascal vient de ce qu'elle ne provient que  la libido sciendi, désir de savoir, de connaître, visible dans l'esprit scientifique de Pascal, et non des trois autres libidos "communes" : soif de pouvoir-domination-honneurs, d'avoir-possession, et de plaisirs sensuels.

    On ne peut refuser (seulement reprocher, peut être) le talent de l'auteur pour les formules-choc : la subversion de la métaphysique qui commence avec Pascal, il l'appelle le "renversement de la philosophie puritaine en philosophie putaine"...

    et il suit ce renversement dans le déploiement de la pensée libérale, de 1643 à 1795... une période beaucoup plus large donc que celle, allant de 1680 à 1715,  de la "crise de la conscience européenne" de Paul Hasard , mais centrée sur elle.

    Dans un fragment de 1651 consacré aux "deux amours" que sont l'amour de Dieu et l'amour de soi-même, ce qui est un thème classique chez les Augustiniens, Pascal condamne encore rigoureusement l'amour-propre, restant donc fidèle aux positions de Port-Royal; mais il lui fait cependant une concession mineure, en apparence, qui deviendra peu à peu une brèche, puis une cassure : il concède que ce n'est qu'après la chute dûe au péché originel que l'amour-propre, encore naturel à Adam avant la chute, est devenu criminel.

    L'évolution spirituelle de Pascal de 1646 jusqu'à sa mort en 1662 est analysée comme la mécanique infernale d'une sorte de moteur à deux temps : perversion-névrose, transgression-pénitence...

    Une première conversion en 1646 (à l'occasion de l'accident de son père) , conversion de l'amour-propre à l'amour de Dieu, enclenchée par une lecture pasionnée de Cornelius Jansen , et notamment de l'Augustinus :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Cornelius_Jansen

    sera suivie en 1648 d'une période de retour dans le monde, et surtout  à la passion de la science et à la libido sciendi.

    Après la mort de son père en 1651, il passera encore trois ans dans une activité scientifique intense, à la fois de physicien et de mathématicien. Durant toute cette période (1648-1654) il fréquentera assidûment le monde, et notamment l'hôtel du Duc de Roannez,  sans en fuir aucun aspect : affaires, joueurs, libertins, femmes (un possible mariage sera évoqué en 1652).

    Il joue souvent, notamment au jeu de l'hombre (ancêtre du bridge), ce qui le conduira aux études de martingales et à la fondation de la théorie des probabilités:

    http://academiedesjeux.jeuxsoc.fr/hombre.htm

    Mais pendant cette période intensément mondaine, le "moteur à deux temps" ne continue pas moins son activité cachée, qui éclatera en 1654 à l'occasion d'un terrible accident sur le Pont de Neuilly où il manque laisser la vie ; tombé dans le coma, il en sortira quelques semaines plus tard, pour avoir son expérience mystique du 23 novembre 1654.

     Après cette deuxième conversion radicale, il prendra part aux affrontements d'ordre religieux, avec les "Provinciales", contre les jésuites , par contre il quittera brusquement le domaine de la libido sciendi et de la science...le moteur à deux temps n'en continuera pas moins jusqu'à sa mort en 1662, après une période de "langueur".

    Et c'est justement de cette période, surtout à partir de 1660, que date l'entrée en scène du pervers puritain et de son pouvoir grandissant sur le monde : Tartuffe (1664) en est un exemple artistique frappant.

    Il est très naïf de voir le personnage de molière avec des lunettes modernes, comme un hypocrite donc :  Tartuffe est complètement soumis à la mécanique du moteur à deux temps , il ne "ment pas" ou pas en "sujet maître du discours" : quand le puritain est aux commandes, on a les sermons comme "cachez ce sein"...suivi de l'alternance perverse.

    Quant à Pascal, c'est de cette dernière période que date à la fois l'inauguration du capitalisme techno-scientifique moderne (assèchement des marais poitevins, création de la compagnie des carrosses parisiens) ET la subversion complète de la métaphysique, qui continuera après lui avec Pierre Nicole, Pierre Bayle, Adam Smith, Mandeville, jusqu'à Sade.

    Mais la différence entre Pascal et ceux qui poursuivront dans la subversion , c'est d'une part la grandeur de son génie (à laquelle répond seule l'opiniâtreté de Sade contre l'enfermement), mais aussi et surtout le fait de la souffrance de Pascal, de son clivage intérieur (je ne vois qu'un équivalent à cette souffrance: celui de Wittgenstein).

    Ainsi par exemple le fragment 141, il fait tenir à Mitton le rôle de l'un de ses deux "personnages intérieurs" qui s'affrontent au nom de l'amour de Dieu et de l'amour de soi.

    Et cette lutte intérieure, terrible, aboutira à l'énonciation de ce que Dany Robert-Dufour appelle : le premier principe pornographique..

    celui ci se situe dans les fragments 106 et 118, où Pascal dit clairement que la grandeur de l'homme est d'avoir tiré un "bel ordre" de la concupiscence.

    (ce que Dany-Robert Dufour traduit plaisamment par "con-cul-pisse-sens").

    Nous avons là le premier germe du libéralisme moderne, dont les conséquences extrêmes seront tirées par Sade dans le discours : "Français, encore un effort pour être républicains !", où le bel ordre n'est plus dû à un plan secret de Dieu (ancêtre de la main invisible du marché au 20 ème siècle, et de la ruse de la raison de Hegel au 19 ème), mais aux vices mêmes des humains : ce n'est que si tous les hommes deviennent des scélérats et des criminels que l'ordre voulu par la Nature est possible. 

    Pour lire Sade sur le web c'est ici :

    http://www.sade-ecrivain.com/

     Garaudy a donc raison, ou plutôt certaines raisons, de tracer une analogie entre Dieu et le marché : il est exact que le capitalisme prend son origine, comme la science d'ailleurs, et donc comme la techno-science, dans le christianisme via l'interposition de la subversion qui débute chez Pascal.

    Mais il a évidemment tort de croire à une alternative islamique au capitalisme financier américain.

    Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que TOUT ce qui est important dans l'Histoire humaine depuis 20 siècles , le pire comme le meilleur, sort du christianisme : science, capitalisme, et aussi Islam, comme nouis l'avons suffisamment montré ici ; l'Islam n'est qu'une déviance extrême du christianisme.

    C'est d'ailleurs une justification suprême de notre mise en équation, ou en équivalence, entre Dieu des philosophes et Dieu chrétien.

    Cela fait très longtemps que nous nous interrogeons sur les causes de la dégradation de la Mathesis universalis (science UNE) du 17 ème siècle catésien en techno-science des siècles suivants.

    il est d'usage de faire sortir cette dégradation du cartésianisme lui même , et du projet cartésien de maîtrise de la Nature.

    Mais nous pensons que ce n'est pas le cas, et à la lumière des considérations qui précèdent, qui doivent bien sûr être ampligfiées et vérifiées, nous chercherons la racine de cette évolution catastrophique chez Pascal, et dans son oeuvre.

    L'attitude qui devrait être la nôtre serait alors la suivante : résister à la fascination-admiration envers Pascal et Wittgenstein en restant fidèle à Descartes d'abord, Malebranche et Spinoza ensuite. La ligne de fracture entre rationalisme (Descartes, Malebranche, fichte, Brunschvicg)  et vitalisme mystique (Pascal, Bergson) , nous la faisons partir de là...

    Ce point est crucial : car c'est ici dans la fidélité même au Dieu des philosophes et des savants (ne pas entrer dans la libido sciendi, en considérant la science comme "culte" de ce "Dieu", et donc ne pas enclencher le maudit moteur à deux temps qui a perdu Pascal et l'Occident) que nous rejoignons le christianisme, dont nous étions en apparence définitivement séparés,  le christianisme qui est de manière indissociable christianisme de philosophes (Spinoza) ET philosophie chrétienne (Malebranche).

    Il y a donc une première cohérence dans le parcours : en résistant à Pascal, nous trouvons une première confirmation de la "fausseté" de son opposition entre Dieu des philosophes et Dieu chrétien (plutôt que Dieu d'Abraham). Mais pour l'instant tout ceci se limite au plan du discours, c'est à dire du voeu (pieux ?) : reste le travail pratique !

    d'ailleurs  ce n'est là qu'une ébauche de programme, et tout ceci devra être examiné en détail ; et notamment quid de la querelle de l'athéisme de Brunschvicg qui elle aussi part de cette opposition (mise en avant par Pascal) comme irréductible ?!

    Publié par topos à 17:26:05 dans Philosophie | Commentaires (0) |

    Pascal ou Malebranche ? | 03 décembre 2009

    Comment doit on parler du projet que nous avons défini dans l'article précédent de frayer une voie du Dieu des philosophes au Dieu chrétien ? comme d'une réunification, d'une assomption, ou d'une sursomption ?

    Mais si Dieu est UN , ou l'UN (plutôt que : "il n'y a qu'un seul Dieu", ce qui est la shahaddah islamique à laquelle nous avons déjà reproché d'objectiver Dieu, de le traiter comme "membre d'un ensemble à un seul élément"), alors nous n'avons à notre disposition que deux attitudes possibles envers le Dieu chrétien : soit le nier purement et simplement, en le traitant de chimère "des anciens temps", soit l'assumer, ou le sursumer, comme nous en faisons le projet ici, en le "suturant" sur le Dieu des philosophes, qui reste de toutes façons prédominant "pour nous" (pour la voie que nous empruntons).

    En effet, j'en suis venu à penser que la "démonstration", faite dans l'Ethique de Spinoza, de l'unité de Dieu, qui m'a semblé longtemps être le paradigme de la "démonstration philosophique", n'est pas aussi satisfaisante que j'avais pu le croire : elle s'appuie en effet sur l'appareillage métaphysico-euclidien de la Substance, qui de l'aveu même de Brunschvicg (citant Hannequin) s'est en quelque sorte effondré.

    Par contre si l'on part du Dieu des philosophes envisagé comme racine des valeurs universelles concernant le vrai (la science) et le Bien (l'éthique, la morale), alors tout devient clair : il n'y a qu'un seul Dieu des philosophes parce qu'il n'y a qu'UNE science (contrairement à ce qu'affirmaient les nazis, qui distinguaient une science juive et une science aryenne) et que par définition les VALEURS ne peuvent être qu'universelles (contrairement aux suggestions du mauvais Esprit du Temps qui passe son...temps à particulariser et multiculturaliser, bref relativiser, les valeurs).

    Se présentent alors à nous spontanément, qui cherchons à fonder notre projet sur la "tradition philosophique", deux philosophies principalement : celle de Malebranche et celle de Fichte.

     Bien sûr, avant eux comme avant Descartes, avant Erigène, vient Saint Augustin; mais je ne dirais pas que la philosophie de Saint Augustin se présente à nous "spontanément", à nous en tout cas qui venons "du dehors" par rapport au christianisme. C'est après un long parcours que nous pourrons accéder à ce grand philosophe que fut aussi, et avant tout, Saint Augustin.

    C'est d'ailleurs bien ce que nous suggèrent, à propos de Malebranche en tout cas,  les analyses de Brunschvicg, qui dit par exemple dans l'article "La pensée intuitive chez Descartes"  (communication au congrès Descartes de 1937) :

    « Ce que demande Malebranche au cartésianisme, c'est le moyen d'exprimer en termes de métaphysique intérieure la foi qu'il professait avant d'avoir connu Descartes. A travers toute son oeuvre, le Dieu des savants et des philosophes conduit vers le Dieu de Jésus-Christ »

    "La religion, c'est la vraie philosophie" : voilà le malebranchisme "in a nutshell" .

    «le service que la philosophie constituée sur la double base de la mathématique et de la mécanique cartésiennes, a reçu de la religion, elle le lui rend à son tour en nous permettant de définir les conditions dans lesquelles se dénouera le mystère du Mal, envisagé non plus dans la nature mais dans l'homme"

    Que Brunschvicg aille au delà du malebranchisme, considéré comme "dualisme"  en prenant appui sur le spinozisme considéré comme philosophie de l' unité radicale, c'est un fait ; et si ce sont là les données exactes du problème, alors notre projet est achevé avant même d'avoir commencé : il suffit de lire Spinoza, en particulier le Traité de la réforme de l'entendement et l'Ethique, et de les mettre en oeuvre.

    Or je ne suis plus du tout certain que ce soit là la voie juste, car Malebranche offre lui aussi une "méthode", bien plus simple d'ailleurs : celle de l'attention.

    Mais avant d'entrer dans ces réflexions de nature "problématologiques", il convient de considérer un autre "écueil", sur lequel se brise selon beaucoup toute tentative de rationalisme et de philosophie spiritualiste si elle prétend mener à "Dieu" : cet écueil, c'est la non-philosophie de Pascal !

    comment ne pas voir la fascination qu'il exerce sur Brunschvicg (comme sur tout homme d'ailleurs) , à tel point que l'exergue de la communication de Brunschvicg en 1928 sur la "querelle de l'athéisme" est entièrement placé "dans la lumière" de l'évènement du 23 novembre 1654, à savoir l"irruption du "FEU", de l'éclair,  dans la seconde expérience mystique de Pascal, un évènement décisif qui :

    "dévoile le cours imprévisible et inexplicable de la volonté céleste .... en renversant l'ordre de la nature avec la force contraignante d'un fait matériel, de même que la prophétie contredit à l'ordre de l'histoire"

    Voilà en effet, je le rappelle bien que je l'aie cité bien souvent, la manière dont Brunschvicg commence :

    "Le drame de la conscience religieuse depuis trois siècles est défini avec précision par les termes du Mémorial du 23 novembre 1654 (de Pascal): entre le Dieu qui est celui d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et le Dieu qui est celui des philosophes et des savants, les essais de synthèse, les espérances de compromis, demeurent illusoires. Il est donc important de soumettre à l’examen les moments du processus spéculatif qui explique et qui, selon nous, commande la nécessité de l’alternative."

    Un examen qui conduit à passer au large du "Dieu" du sens commun comme de celui de la métaphysique scolaire pour transiter par la "brèche" (la "voie étroite" ?)ouverte lors du déplacement de l'axe de la vie religieuse au 17 ème siècle "lorsque la physique mathématique  susceptible d’une vérification sans cesse plus scrupuleuse et plus heureuse, a remplacé une physique métaphysique qui était un tissu de dissertations abstraites et chimériques autour des croyances primitives"

    Cela, ce ne sera pas remis en cause, ou alors cela voudrait dire que le blog s'arrête comme devant un abîme...

    Mais le point où je veux en venir, c'est cette "évidence" (tellement banale et aveuglante que je n'avais jamais jugé utile de la mettre en avant) que c'est ici Pascal qui "a la main" (expression heureuse s'agissant d'un si grand amateur de jeux, ce qui d'ailleurs l'a orienté vers la fondation de la théorie des probabilités).

    Brunschvicg, ici, non seulement répond à Pascal, pour le désavouer bien sûr, mais en quelque sorte se place "dans le cadre de pensée" défini par Pascal deux siècles et demi avant !

     et ce n'est pas le seule fois qu'il procède ainsi, loin de là : ailleurs, il fera référence aux trois "ordres" pascaliens (du sensible, de l'esprit et de la charité) pour définir sa philosophie comme "retenant les deux premiers, niant le dernier" (mais Brunschvicg ne nie pas la charité : il la place simplement au niveau de l'esprit immanent).

    En fait, je me risquerai à prononcer le jugement suivant :

    c'est toute la philosophie moderne, pas seulement Brunschvicg, qui est placée dans la lumière (ténébreuse ?) de ce diable d'homme, ce génie qui est sans doute l'un des plus fascinants de tous les temps, qui par ailleurs a consacré sa vie à déconstruire (détruire ?) la philosophie pour la dépasser, la quitter (comme les Hébreux quittent l'Egypte)  vers la "terre promise" de la non-philosophie !

    on pourrait presque dire de cette lumière aveuglante : la lumière fossile du "Big Bang" du 23 novembre 1654 !

    Or cet "évènement" (qu'en dirait Badiou ? lui accorderait il ce statut ?) renvoie à un autre, celui de la "nuit de songes" de Descartes, du 10 au 11 novembre 1619, soit la veille de la fête de  Saint Martin (que l'on fête traditionnellement par des libations) :

    http://mapageweb.umontreal.ca/lafleche/rrr/2-rdes1.html

     Ces "trois songes" signent l'envoi de la révolution cartésienne, et donc de tous les temps ultérieurs (qui mènent à nous, mais peut être faudrait il ici se taire, par pudeur, et par respect de ces géants du 17 ème siècle ?); sans l'évènement de 1619, pas de Pascal ni de pascaline, et donc pas de mémorial de 1654.

    Alors pourquoi le second est il si connu (à défaut d'être compris) et célébré, par rapport au premier dont il dépend ?

    Au fond, les deux "proférations" sont comme les deux faces d'une médaille : celle de Brunschvicg en 1928 répondant à celle de Pascal en 1654 (qu'il a fait coudre dans son manteau pour la porter sur lui sans cesse jusqu'à la mort : cela ressemble fort à une profession de foi (non-) philosophique, quelque chose qui est écrit avec du sang, comme la profession de foi des fondateurs du matérialisme moderne de Berlin 1842).

    Mais toutes deux frappent de vanité tout projet analogue à celui de Malebranche , c'est là leur point commun.

    Un article (sur Jstor) à propos de l'interprétation de Pascal  chez Brunschvicg (

  • Brunschvicg's Interpretation of Pascal

  • Howard C. McElroy
  • Philosophy and Phenomenological Research, Vol. 11, No. 2 (Dec., 1950), pp. 200-212
  • Published by: International Phenomenological Society
  • http://www.jstor.org/stable/2103638?seq=1

    J'ai longtemps cru que je pourrais "éviter" le "ténébreux continent pascalien" et croiser très au large...

    je m'aperçois aujourd'hui que c'est impossible !

    http://www.bibleetnombres.online.fr/memorial.htm

    "L'an de grâce 1654,

    Lundi 23 novembre, jour de Saint Clément, pape et martyr, et autres au Martyrologue,

    Veille de saint Chrysogone, martyr, et autres,

    Depuis environ dix heures et demie du soir jusqu'à environ minuit et demie.

     

    FEU

     

    Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob,

    non des philosophes et des savants.

    Certitude. Certitude. Sentiment, Joie, Paix.

    Dieu de Jésus-Christ,

    Deum meum et Deum vestrum. Jean 20/17 *

    " Ton Dieu sera mon Dieu "

    Oubli du monde et de tout, hormis Dieu.

    Il ne se trouve que par les voies enseignées dans l'Evangile. "

     

    Publié par topos à 15:19:56 dans Philosophie | Commentaires (0) |

    Dieu des philosophes et christianisme | 02 décembre 2009

    Le franchissement du Rubicon dont nous avons parlé hier, qui consiste à réunir en une "tunique sans coutures" le christianisme de philosophes de Spinoza et la philosophie chrétienne de Malebranche, il peut aussi se définir comme le passage sans solution de continuité du Dieu des philosophes et des savants au Dieu chrétien .

    Or cela peut en effrayer plus d'un, à commencer par nous, nous qui avons souvent cité ici en l'approuvant sans réserve ce "jugement définitif" de Brunschvicg, verdict proféré en 1928 lors de la séance de la société française de philosophie consacrée à la "querelle de l'athéisme" :

    «Le drame de la conscience religieuse depuis trois siècles est défini avec précision par les termes du Mémorial du 23 novembre 1654 (de Pascal): entre le Dieu qui est celui d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et le Dieu qui est celui des philosophes et des savants, les essais de synthèse, les espérances de compromis, demeurent illusoires»

    Alors qu'est ce qui nous arrive ? voudrions nous concilier ce qui est inconciliable? chercher des compromis, des synthèses illusoires ? est ce que nous devenons fous ?

    C'est bien sûr possible : nul, actuellement, ne saurait garantir qu'il est mentalement sain, puisque tous les critères de la "folie" et de la "santé mentale" ont volé en éclats !

    Mais au fait, pourquoi nous aventurer dans cette galère ? pourquoi vouloir franchir le Rubicon ?

    Notons d'abord que d'autres, et bien plus savants que nous en philosophie, n'hésitent pas à le faire sans se poser trop de questions !

    Ainsi je me souviens qu'aux journées consacrées à Brunschvicg et Bachelard, en février dernier, le philosophe Frédéric Worms, grand spécialiste des relations entre science et philosophie, a déclaré que cette obsession de "discriminer" entre le dieu des philosophes et le dieu des croyants était un des aspects les plus démodés de Brunschvicg : je ne me rappelle hélas plus les termes exacts qu'il a employés, mais il voulait dire que les problèmes de l'heure (qui sont ceux du fanatisme religieux, islamique notamment) sont tels que philosophes même "athées" et croyants (juifs, chrétiens et musulmans) doivent s'asseoir autour d'une même table pour lutter contre l'ennemi commun : le fanatisme. Et donc que le discours de Brunschvicg est devenu , sous ce rapport, totalement inopérant, et donc vain.

    Cela, c'est la problématique de Worms et de tous ceux qui, sincères et bien propres sur eux, désirent assurer la paix pour les hommes de bonne volonté, croyant sincèrement que cette bonne volonté finira par l'emporter sur la "mauvaise volonté" des fanatiques de toutes obédiences, des fascistes et autres nazis.  Un discours bien rodé, et inspiré par ce qu'il y a de meilleur dans les Lumières.

    Notre approche est tout autre, bien que partant de prémisses communes : c'est effectivement la récurrence actuelle des guerres de religions qui motive notre évolution, mais nous la faisons remonter bien plus loin dans le passé que le "réveil des fondamentalismes au 20 ème siècle".

    Selon nous, le choc se situe dès les origines entre la synthèse occidentale helléno-judeo-chrétienne et l'Islam, qui est en quelque sorte le rebut, le déchet, de cette synthèse , son excrément : ce qui est "insynthétisable" dans le projet civilisationnel qui fonde l'Occident.

    Je ne vais pas revenir là dessus, je considère que nos analyses du Coran, entre autres, et de sa constitution "ébionite" , de par sa composition par le rabbin "juif-christien ébionite", véritable paradigme du "sujet obscur et pervers", Waraqa Bin Nawfal, ont définitivement démontré ce point, qui est donc un acquis absolument assuré, un "point fixe", une base absolument solide, comparable sur ce point au cogito de Descartes. Voir:

    http://mathesis.blogg.org/page-le_rabbin_ebionite_waraqa_bin_nawfal_est__le_gourou_pervers_qui_a_ecrit__le_coran_et_cree_l_islam-835.html

    http://mathesis.blogg.org/page-qui_sont_les_veritables_auteurs_du_coran__-761.html

    Si ce point était faux, alors ce serait les neuneus islamophobophobes genre Cohn-Bendit qui auraient raison : s'attaquer à l'Islam comme je le fais serait ni plus ni moins comparable, même si pas tout à fait pareil, à la persécution des juifs par les nazis, dont ma propre famille a souffert; et je serais...mal !

    Seulement voilà : ce point est vrai car vérifié !

    et c'est le contraire de ce que dit cohn-Bendit qui est vrai : ce sont les islamophobophobes comme lui qui sont des collabos, et ce sont les suisses qui ont voté "Oui" qui sont des résistants.

    Car interdire les minarets, et même les mosquées, ce n'est pas plus raciste que détruire le Mandarom du Messie cosmo-planétaire Gilbert Bourdin, comme cela a été fait en France sous la présidence de chirac, ou bien de fermer les maisons closes , comme cela a été fait en France après-guerre.

    Car si l'Islam est un message de tolérance, alors les mosquées sont des maisons de tolérance : des bordels !

    Par contre, ce qui subit actuellement dans notre grille d'évaluation une évolution sensible et soudaine, voire catastrophique (au sens de René Thom), c'est en quelque sorte le "dosage" entre ce qui est grec et "philosophique", et ce qui est chrétien, ou judeo-chrétien.

    Jusqu'à il y a peu, nous tenions que le diagnostic de Brunschvicg, et par delà , de tout ce qui compte dans la philosophie européenne dite "philosophie de l'esprit" avant le tournant de 1945, était sûr et certain : il n 'y a de synthèse qu'apparente entre philosophie et monothéismes abrahamiques, entre foi et raison, et cette apparence est révélée comme apparence, comme illusion donc, par l'analyse que constitue l'irruption de la science moderne (avec Copernic et Galilée) et de la philosophie moderne, avec le cartésianisme (rendu possible et "annoncé" par le tournant nominaliste d'Ockham et le scepticisme de Montaigne).

    La réévaluation du "dosage" entre ce qui est grec et ce qui est judeo-chrétien dans la synthèse, je ne sais pas trop en quoi elle doit consister, ce qui est normal puisqu'il s'agit d'une "catastrophe", d'une mutation brusque...mais nécessaire ; c'est dans le cas contraire que l'on pourrait m'accuser de savoir très bien où je veux aller, et d'adapter le "dosage" en fonction de ce but, comme un mécanicien adapte le réglage d'un moteur à la performance visée dans une compétition. 

    Or :

    "pour aller là où tu ne sais pas, il te faut passer par où tu ne sais pas"

    Tout ce que je sais c'est ceci : on ne peut plus se dire "autorisé" par le Dieu des philosophes et des savants, la Raison universelle des esprits, la racines des valeurs morales et intellectuelles universelles sur lesquelles tombent d'accord tous les hommes, pour "planer" au dessus des différentes religions en les considérant comme "également respectables".

    non, christianisme et Islam ne sont pas également respectables car le christianisme est, malgrés les crimes commis en son nom par des gens qui en ont complètement subverti l'essence, le fondement de tout ce qui est noble et admirable en Occident; l'Islam est son "double" ténébreux et satanique.

    L'Islam est le déchet, l'étron du christianisme : c'est bien pourquoi nous ne devons pas le tolérer dans l'espace public européen, pas plus que l'on ne doit laisser les excréments s'entasser dans la rue !

    et cela n'a rien à voir avec une "laïcité" qui m'apparait de plus en plus comme une énorme farce ,tout comme la "démocratie" d'ailleurs ; une démocratie qui mène au (non) choix entre Sarkozy et Ségolène Royal n'a plus rien de respectable, il est temps de la jeter dans la cuvette des W-C, tout comme l'étron Islam, et de tirer la chasse !

     C'est d'ailleurs en gros ce qui est dit ici , et que j'approuve :

    http://www.rebelles.info/article-30990356.html

    Et d'ailleurs, qu'est la démocratie si chaque fois que les électeurs votent "mal" (au regard de la "classe dirigeante" des bobos disciples de la mondialisation heureuse) il ne faut tenir aucun compte de ce vote ?

    Or c'est bien ce que vient de déclarer Cohn-Bendit, à qui l'on ne peut refuser une certaine franchise, ou plutôt inconscience :

    http://www.fdesouche.com/articles/84480

      « La majorité n’a pas raison, et il faut arrêter un peu cette histoire des majorités ».

    Comment ne pas voir que tout ceci nous mène, à plus ou moins long terme, à une explosion de violence ?

    Car enfin : qui va , en définitive, être "celui qui a raison" ? tout débat étant bloqué, et la légitimité du vote étant déniée, ce seront en définitive ceux qui pourront mettre en action les forces de police et de l'armée (voir l'aviation de l' OTAN, comem sur la Serbie il y a dix ans) qui emporteront la décision : on aboutit donc à l'équation absurde :

    démocratie (apparente) = pure violence = négation de la démocratie (réelle).

    ce qui ne nous place pas très loin du diagnostic de Bové et Besancenot : bigre !

    Mais quittons ces considérations déprimantes, sur le constat qu'il faut réévaluer le dosage entre "Dieu des philosophes" et "Dieu chrétien" parce qu'il est VRAI , d'une vérité essentielle et absolue, que le christianisme est lié à la philosophie grecque d'un noeud que l'on ne saurait trancher, sauf à la manière violente du noeud gordien, et que c'est donc le Dieu des philosophes même, condition de toute vérité, qui exige d'être relié au Dieu chrétien en une constellation de valeurs indivisible : UNE.

    j'en profite pour effectuer un coup de force , un Anschluss, tout à fait légitime, contrairement à celui de 1938.

    Si le christianisme est un processus, et non pas une substance fixe, si la synthèse helleno-judeo-chrétienne est "toujours en train de se faire", et non pas faite une fois pour toutes, alors cela n'a plus dde sens de distinguer judaïsme et christianisme, juifs et chrétiens.

    Un juif, c'est un chrétien, un chrétien, c'est un juif; donc  l'antisémitisme ne peut être chrétien, il est rejeté dans les ténèbres extérieures de l'irrationnel (nazi-islamique)

    Judaïsme = christianisme = philosophie (synthèse infinie, processus éternel). D'où l'on infère :

    christianisme de philosophes = philosophie chrétienne.

    CQFD.

    Seulement attention : ce ne sont pas là des équations mathématiques, ce sont des schémas de pensée et de méditation, des rails pour ne pas s'égarer, des cadres de travail, qui doivent maintenant être remplis ....

    Publié par topos à 17:18:07 dans Philosophie | Commentaires (0) |

    Itinéraire de l'âme vers D-ieu | 20 novembre 2009

    Quand je parle du sens religieux ou métaphysique des nombres , quand par exemple je fais correspondre à l'argument d'Anselme de Cantorbéry (prouvant l'existence de Dieu comme "ce dont on ne peut penser plus grand") le nombre "infini", ou  "non limité", que j'appelle le Monstre, ou le Père, je ne dis absolument pas que Dieu est l'infini mathématique.

    D'abord parce qu'il y en a plusieurs, de ces infinis, une infinité même : donc lequel serait Dieu ? le Monstre ? parce que j'ai "démontré" que l'on ne saurait penser un nombre "plus grand" ? oui, mais ceci ne vaut que dans le cadre des nombres entiers; au delà viennent les grands cardinaux, l'échelle vertigineuse des alephs de Cantor, ce dont Badiou se saisit comme " dialectique matérialiste de Cantor" et qu'il utilise comme arme intellectuelle pour "détrôner l'Un", pour ce qu'il appelle un athéisme radical.

    Or il faut combattre la "tentation de la pensée-Badiou", cette "tentation diabolique" qui nous habite tous, nous autres qui sommes d'accord avec lui au moins sur un point (et ce, sans doute, contre, ou au delà, de Heidegger) : la mathématique, ou plutôt, dans mon vocabulaire, la mathesis, est une Pensée, et non une technique ou un calcul. Elle est La Pensée suprême, la pensée solide : on peut lui faire une confiance absolue, comme au pont qui nous fait transiter vers "là où se trouve le bout de l'arc en ciel" , on peut marcher dessus, cela ne s'écroule pas. C'est du lourd, du solide.

    Il ne faut pas céder à la tentation-Badiou parce que cette pensée mène effectivement à l'athéisme radical, c'est à dire au Mal, mais pas pour les raisons que Badiou indique lui même... l'athéisme radical, j'ai démontré ici même que l'Islam y mène aussi, comme à sa forme "finale", ainsi d'ailleurs que le faux Occident actuel qui se donne pour héritier du christianisme à travers l'Aufklärung, mais est en fait l'inversion complète et sans résidu du christianisme, c'est à dire en somme de l'Occident véritable, la tentative de rendre à jamais impossible un "christianisme des philosophes et des savants", ce que nous voulons quant à nous ébaucher ici comme "Mathesis universalis".

    Il faut combattre, si du moins nous voulons garder notre humanité, qui n'est pas une identité substantielle, mais une éternelle possibilité, il faut absolument combattre ces trois formes du Mal qui se donnent pour ennemies mais sont en fait trois têtes de l'hydre : l'Islam, l'Occident nihiliste et consumériste "américain", et l'hypothèse communiste de Badiou.

    Et ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Badiou joue toujours, en tout cas dans ses écrits "mineurs" (de circonstance, à propos de l'actualité) le rôle de "cheval de Troie" de l'Islam. J'ai d'ailleurs toujours entendu ses partisans nier que l'islamisme soit un danger réel, ils passent leur temps à "démontrer" que c'est une "créature" construite par l'Occident démocratique , qui est la "toute puissance" du Mal selon eux.

    Pas plus tard que la semaine dernière, j'ai acheté de ma poche, 24 euros quand même, un "étron philosophique" se donnant le nom de : "Les grecs, les arabes et nous : enquête sur l'islamophobie savante", dont j'avais d'ailleurs déjà commenté ici certaines "traces" sur des blogs. Il s'agit de mettre à bas la thèse de Sylvain Gouguenheim dans "Aristote au Mont Saint michel", de l'assimiler à du racisme anti-arabe, à de l'islamophobie !

    Or ce livre est paru dans la collection drigée chez Fayard par Alain Badiou et Barbara Cassin ; il faudra bien d'ailleurs un jour s'interroger sur ce "couple infernal", formé par Badiou qui se revendique platonicien et par Barbara Cassin qui entend réhabiliter les sophistes et la sophistique!

    Reste que l'introduction du livre, rédigée par Philippe Büttgen, Alain de Libera, Marwan Rashed et Irène Rosier-Catach, est un pur "réchauffé" de Badiou, et pas du meilleur : toute tentative d'interpréter l'histoire autrement que par le biais de la "dialectique matérialiste" (dont Badiou se donne pour  l'achèvement) est assimilé à une "pensée de la restauration", et le livre de Gouguenheim à un symptôme du sarkozysme!

    Or, les ennemis de nos ennemis ne sont pas forcément nos amis : je ne peux être soupçonné de tiédeur dans le combat contre le sarkozysme , mais il existe d'autres voies pour lutter contre que celles de Badiou, Hazan ou des différents collectifs  de "L'insurrection qui vient". Le sarkozysme est un symptôme terminal de ce que je dénonce ici comme le faux Occident, et il est absolument anti-chrétien, ne serait ce que dans sa façon de rabattre la science sur la technique et la rentabilité économique.

    Badiou se donne aussi pour le dernier maillon de la ligne rationaliste de la philosophie, qu'il fait remonter à Descartes et Malebranche, et qu'il oppose à la ligne vitaliste de Bergson. Cette ligne existe bel et bien, nous nous en revendiquons nous aussi, seulement elle s'arrête selon nous à Brunschvicg, dont on peut montrer que le long "regard en arrière" vers le "progrès de la conscience dans la philosophie occidentale" est "indépassable", marquant donc un achèvement de la ligne rationaliste : après, il suffit de continuer,  avec les instruments qu'il nous a donnés, l'examen de la science théorique qu'il n'a pas pu voir de son vivant: unification de la physique, et théorie des catégories en mathématiques.

    Publié par topos à 10:46:04 dans Philosophie | Commentaires (0) |

    Servante de Thrace, je t'aime et je te hais ! | 06 novembre 2009



    L'anecdote immémoriale de Thalès de Milet et de la servante de Thrace est  racontée, notamment, par Platon (Théétète 174a):

    «

    Socrate :
    L’exemple de Thalès te le fera comprendre, Théodore. Il observait les astres et, comme il avait les yeux au ciel, il tomba dans un puits.
     Une servante de Thrace, toute mignonne et pleine de bonne humeur, éclata de rire, à ce que l'on raconte, en disant qu’il s’évertuait à savoir ce qui se passait dans le ciel, et qu’il ne prenait pas garde à ce qui était devant lui et à ses pieds.

    La même plaisanterie s’applique à tous ceux qui passent leur vie à philosopher. Il est certain, en effet, qu’un tel homme ne connaît ni proche, ni voisin ; il ne sait pas ce qu’ils font, sait à peine si ce sont des hommes ou des créatures d’une autre espèce ; mais qu’est-ce que peut être l’homme et qu’est-ce qu’une telle nature doit faire ou supporter qui la distingue des autres êtres, voilà ce qu’il cherche et prend peine à découvrir. Tu comprends, je pense, Théodore ; ne comprends-tu pas ?»

    Voici ce qu'en dit Brunschvicg dans "Le progrès de la conscience dans la philosophie occidentale" :

    «la sagesse du philosophe qui s'est retiré du monde pour vivre dans l'imitation de Dieu a, comme contre-partie inévitable, la maladresse et la gaucherie qui le mettent hors d'état de s'appliquer aux affaires de la vie pratique, qui font de lui, comme jadis de Thalès, la risée d'une servante thrace. Est il légitime de se résigner à cette séparation de la vertu philosophique et de la réalité sociale, qui s'est traduite, dans l'histoire d'Athènes, par des évènements tels que la condamnation de Socrate ? n'est ce point manquer à l'intérêt de l'humanité que de l'abandonner aux opinions absurdes et aux passions désordonnées de la multitude ? et la misanthropie n'est elle point, en définitive, un péché contre l'esprit au même titre que la misologie ? (Phédon, 89b)  »

    Thalès est l'un des personnages, plus ou moins mythiques, qui personnifient la fondation grecque de l'Occident.
    Sa "théorie philosophique" qui fait de l'eau le principe de l'univers mérite mieux que des railleries : elle est de nature héraclitéenne, et signifie que ce qui est de l'ordre du flux, du changement, est "plus fondamental" que ce qui est de l'ordre du fixe, du substantiel.
    Au fond, Thalès est peut être l'ancêtre de la physique quantique....

    Ce qui est en jeu dans cette historiette, tout à fait charmante, de Thalès et de la petite servante, qui prendra plus d'une forme au cours de l'Histoire (le philosophe Hans Blumenberg en a fait une recension dans son livre "Le rire de la servante de thrace"), ce n'est rien moins que l'entrée en scène du Dieu des philosophes et des savants, c'est à dire de l'universalité des théories rationnelles de l'Univers, face aux "dieux" ethniques orientaux qui sont ceux de la servante.

    Telle est d'ailleurs l'explication suggérée par Blumenberg :

    «
    peut être la servante de Thrace avait-elle confondu la théorie des étoiles avec le culte de celles-ci, et avait à ce niveau tenu ses propres dieux pour les plus forts.....

    .....ce que l'astronome devait voir pour assurer la pérennité de sa science nous pouvons le découvrir ; ce qu'il a vraiment vu pour être captivé par sa theoria, nous ne le savons pas..pour la servante de Thrace qui voit le Milésien marcher dans la nuit dans une posture particulièrement inadaptée, l'hypothèse la plus vraisemblable est qu'il était à ce moment en train d'honorer ses dieux. Alors il est légitime qu'il trébuche car ses dieux n'étaient pas les bons...pour elle il n'y avait pas de dieux de son pays dans la direction où Thalès dirige son regard, vers le ciel étoilé. Ils étaient là où le Grec devait ensuite tomber.C'est pourquoi il lui fut permis de ressentir une joie maligne »

    mais ce rire ne traduit que l'éternelle incompréhension  de l'opinion et du "sens commun", avec sa conception terre à terre et limitée aux besoins vitaux, de l'existence,  vis à vis de la science et de la philosophie, qui se soucient de l'Un qui est le Tout.

    Heidegger, quant à lui, n'ignore pas l'anecdote de la servante, et voici ce qu'il déclare :

    «C'est pourquoi nous devons définir la question : "qu'est ce qu'une chose ?" comme étant de celles qui provoquent le rire des servantes »

    La philosophie s'oppose selon lui à la science, dont il ne considère que l'aspect utilitaire-technique, parlant d'arraisonnement techno-scientifico-commercial, comme le "sans utilité pratique" qui suscite le rire de ceux qui sont obnubilés par les chiffres du "rendement" ; la chute du philosophe (dans le puits, le placard, ou en tout cas loin des medias) est donc un signe du fait qu'il cherche du bon côté....

    Mais la science se limite t'elle à la technoscience et au profitable-concurrentiel dans une "guerre économique" entre pays qui serait l'ultime destin de l'humanité, sur fonds de démocratie  et de droits de l'homme uniquement formels ? nous ne le croyons pas, d'accord sur ce point avec Badiou, et nous pouvons répondre à la question de ce dernier :

    "De-quoi-Sarkozy-est-il-le-nom ?"

    ceci :

    Il est le nom de la servante de Thrace !

    de Thrace ou d'ailleurs...dans un monde sans frontières qui est un village..."le Village" !



    Quant à la servante, elle n'a plus du tout tendance à rire , et a perdu tous ses attraits : c'est en burqa qu'elle se promène maintenant dans les villes de France, et gageons que si un Thalès moderne tombait dans le puits, ou plutôt le caniveau, elle ne lui prêterait sans doute pas une main secourable pour se relever, préférant maudire ces mécréants qui tentent d'usurper la "science de Dieu" ('ilm u'llâh).

    C'est que les "dieux" souterrains de la servante d' il y a 26 siècles ont finalement réussi à gagner le ciel, où ils sont devenus "un seul dieu" qui se présente comme "le Seul véritable pour toute l'humanité".

    et de ce "dieu", on doit accorder à Salman Rushdie que :

    "non seulement il n'est pas mort, mais en plus il est très en colère !"

    tellement en rage qu'il s'amuse à précipiter des avions contre des tours....

    Publié par topos à 18:16:13 dans Philosophie | Commentaires (0) |

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    Moi

    qui pourrait  mieux parler de moi que  moi ? mais qui pourrait mieux parler de moi que n'importe quel autre, qui me voit en face à face ?


    une fourmi noire, 


    dans la nuit noire,


    sur la terre noire,


    sous une pierre noire,


    D-ieu seul la voit


    et ici le diable souffle : Dieu....et la police, peut être ?

    Notre CREDO

    "le propre de l'esprit est de s'apparaitre à lui même dans la certitude d'une lumière croissante, tandis que la vie est essentiellement menace et ambiguïté. Ce qui la définit c'est la succession fatale de la génération et de la corruption. Voilà pourquoi les religions, établies sur le plan vital, ont beau condamner le manichéisme, il demeure à la base de leur représentation dogmatique... ce qui est constitutif de l'esprit est l'unité d'un progrès par l'accumulation unilinéaire de vérités toujours positives. L'alternative insoluble de l'optimisme et du pessimisme ne concernera jamais que le centre vital d'intérêt; nous pouvons être et à bon droit inquiets en ce qui nous concerne de notre rapport à l'esprit, mais non inquiets de l'esprit lui même que ne sauraient affecter les défaillances et les échecs, les repentirs et les régressions d'un individu, ou d'une race, ou d'une planète. Le problème est dans le passage , non d'aujourd'hui à demain, mais du présent temporel au présent éternel. Une philosophie de la conscience pure, telle que le traité de Spinoza "De intellectus emendatione" , en a dégagé la méthode, n'a rien à espérer de la vie, à craindre de la mort. L'angoisse de disparaitre un jour, qui domine une métaphysique de la vie, est sur un plan; la certitude d'évidence qu'apporte avec elle l'intelligence de l'idée, est sur un autre plan" Léon BRUNSCHVICG

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