• YUKIO MISHIMA

    Moi qui ai dit hier, dans l'article "Politiquement incorrect", ce qu'il faut bien convenir d'appeler "des choses pas très sympathiques" sur la mentalité japonaise traditionnelle...

    moi que voilà, pauvre petite ombre (sur)vivant dans l'épouvantable tragédie glaciale et glacée de l'Europe occidentale post-moderne...

    j'avais 18 ans en cette fin de l'année 1970, quand j'ai appris à la radio cette "grande lueur qui vient de l'Est" : le suicide "traditionnel" par seppuku de Yukio Mishima et de ses compagnons, qui avaient tenté de commettre une sorte de "coup d'Etat" et avaient échoué...

    il s'est tué de manière traditionnelle en s'éventrant avec un sabre au centre "Hara" situé au dessus du bas-ventre, puis ses compagnons l'ont décapité, avant de se suicider eux mêmes.

    un coup d'Etat ni politique, ni "révolutionnaire" (d'ailleurs on voit ce que cela donne dans la Chine communiste actuelle, les pratiques "révolutionnaires" : comme le démontre Dany-Robert Dufour, l'esprit révolutionnaire est l'essence même de la bourgeoisie et du capitalisme), ni même militaire, bien qu'ils aient tenté d'en appeler au réveil de l'armée.

    Un coup d'Etat spirituel, pour tenter de défaire d'un seul coup du "sabre" qui est la parole , le funeste destin du Japon d'après guerre.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Yukio_Mishima

    je me souviens je me souviens...

    je me souviens que j'étais hanté par l'idée de la mort et du suicide, et moi non plus je ne laisserai personne dire que 15ans, 18 ans, 20 ans, ou 50 ans est le plus bel âge de la vie.

    Parce que le plus bel âge de la vie c'est 0 ans... ou alors c'est l'âge que l'on a le jour où l'on meurt.

    La vie est un anneau, un cercle qui se referme sur lui même dans l'éternité qui est un cercle infini, une ligne droite donc....cercle qui est partout et dont le centre n'est nulle part...cercle qui n'est nulle part et dont le centre est partout où quelqu'un dit "JE" en pensant au sens de ce qu'il dit...

    Moi qui me souviens et qui pleure et qui souffre, dans ce corps de souffrance, dans cette épouvantable tombe glacée qu'est la France de 2009 :

     JE SUIS

    Je me souviens que moi aussi j'étais perdu, paumé, absolument sans personne à qui parler sérieusement, dans cette France de 1970  qui se vautrait, déjà, dans le confort post-moderne du nihilisme que Mai 68 avait prétendu combattre mais qu'il n'avait en fait qu'installé pour toujours sur l'écran noir de nos nuits blanches.

    Quand j'ai appris ce qui était arrivé au Japon, je n'y ai rien compris, évidemment, et heureusement : je ne connaissais rien de ce pays, à part Hiroshima, et les prouesses technologiques de leur industrie qui commençaient alors, ou depuis quelques temps...

    Ce fut un choc, le choc extérieur et salvateur : pour la première fois j'étais choqué, frappé par quelque chose qui était irréductiblement autre..

    mais quand j'ai tenté d'en parler à mon entourage, ou à mes rares amis, ce fut la même réaction de rejet : "quoi ? tu ne vas pas perdre ton temps avec ce cinglé... il n'y a rien à comprendre, c'est un pauvre fou, d'ailleurs le Japon a évolué depuis la guerre et c'est tant mieux !"

    et, ironiquement ce fut la même réaction, bien des années plus tard, chez la seule femme japonaise que j'aie connu "de près" : quand je lui ai parlé de mon admiration pour Mishima, elle fut interloquée , stupéfaite qu'un "occidental" s'intéresse à celui qu'elle appelait "un pauvre malade"...il faut dire que cette femme avait fui son pays pour l'Europe, parce qu'elle ne supportait pas la mentalité des hommes japonais justement..

    entre temps j'avais lu "Le soleil et l'acier" et surtout "Le pavillon d'or"...

    un livre absolument admirable, mais qui se termine dans la "destruction de la Beauté" (l'incendie du Temple) : j'ai été bouleversé par l'histoire de ce jeune homme qui finalement brûle ce quil admire le plus , le Pavillon d'or...

    et c'est là que j'ai trouvé la scène la plus érotique de toute la littérature mondiale : quand le jeune homme voit, par l'entrebaillement d'un rideau, clandestinement donc, le spectacle d'une geisha, ayant récemment accouché,  qui offre le thé de manière traditionnelle à un officier japonais, puis entrouvre son kimono, et verse dans le thé quelques gouttes de lait venant de son sein ....

    et aussi, à la fin du "Soleil et l'acier", cet épisode initiatique où Mishima raconte le vol dans un avion supersonique militaire, et sa "vision" du "Grand serpent" ouroboros ceinturant la Terre, celui de la coïncidence des contraires : vie et mort, création et destruction...

    Par contre je ne suis jamais entré vraiment dans la tétralogie de "La mer de la fertilité", qui développe semble t'il les thèmes du bouddhisme, la Beauté transcendante et inaccessible sauf dans la mort...

    non, je ne "comprends" toujours pas Mishima, il est l'Autre, l'irréductible Autre que je ne peux "embrasser".

    je maintiens ce que j'ai dit hier sur le Japon...

    mais qu'il me soit permis de préciser que je n'ai jamais admis les destructions d'Hiroshima et Nagasaki, pas plus que la vassalisation d'après guerre et l'humiliation de ce peuple.... l'universalisme dont je parle n'est pas celui de la marchandisation technologique et pornographique... plutôt celui de la culture immense de Mishima, ce grand lettré qui connaissait et appréciait la littérature occidentale...

    et je me réjouis de constater que le Japon refuse toujours le métissage de masse, même si cela lui coûte très cher socialement, économiquement  et financièrement :

    http://fortune.fdesouche.com/9176-le-japon-croule-sous-une-dette-monstrueuse


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