Quand je parle du sens religieux ou métaphysique des nombres , quand par exemple je fais correspondre à l'argument d'Anselme de Cantorbéry (prouvant l'existence de Dieu comme "ce dont on ne peut penser plus grand") le nombre "infini", ou "non limité", que j'appelle le Monstre, ou le Père, je ne dis absolument pas que Dieu est l'infini mathématique.
D'abord parce qu'il y en a plusieurs, de ces infinis, une infinité même : donc lequel serait Dieu ? le Monstre ? parce que j'ai "démontré" que l'on ne saurait penser un nombre "plus grand" ? oui, mais ceci ne vaut que dans le cadre des nombres entiers; au delà viennent les grands cardinaux, l'échelle vertigineuse des alephs de Cantor, ce dont Badiou se saisit comme " dialectique matérialiste de Cantor" et qu'il utilise comme arme intellectuelle pour "détrôner l'Un", pour ce qu'il appelle un athéisme radical.
Or il faut combattre la "tentation de la pensée-Badiou", cette "tentation diabolique" qui nous habite tous, nous autres qui sommes d'accord avec lui au moins sur un point (et ce, sans doute, contre, ou au delà, de Heidegger) : la mathématique, ou plutôt, dans mon vocabulaire, la mathesis, est une Pensée, et non une technique ou un calcul. Elle est La Pensée suprême, la pensée solide : on peut lui faire une confiance absolue, comme au pont qui nous fait transiter vers "là où se trouve le bout de l'arc en ciel" , on peut marcher dessus, cela ne s'écroule pas. C'est du lourd, du solide.
Il ne faut pas céder à la tentation-Badiou parce que cette pensée mène effectivement à l'athéisme radical, c'est à dire au Mal, mais pas pour les raisons que Badiou indique lui même... l'athéisme radical, j'ai démontré ici même que l'Islam y mène aussi, comme à sa forme "finale", ainsi d'ailleurs que le faux Occident actuel qui se donne pour héritier du christianisme à travers l'Aufklärung, mais est en fait l'inversion complète et sans résidu du christianisme, c'est à dire en somme de l'Occident véritable, la tentative de rendre à jamais impossible un "christianisme des philosophes et des savants", ce que nous voulons quant à nous ébaucher ici comme "Mathesis universalis".
Il faut combattre, si du moins nous voulons garder notre humanité, qui n'est pas une identité substantielle, mais une éternelle possibilité, il faut absolument combattre ces trois formes du Mal qui se donnent pour ennemies mais sont en fait trois têtes de l'hydre : l'Islam, l'Occident nihiliste et consumériste "américain", et l'hypothèse communiste de Badiou.
Et ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Badiou joue toujours, en tout cas dans ses écrits "mineurs" (de circonstance, à propos de l'actualité) le rôle de "cheval de Troie" de l'Islam. J'ai d'ailleurs toujours entendu ses partisans nier que l'islamisme soit un danger réel, ils passent leur temps à "démontrer" que c'est une "créature" construite par l'Occident démocratique , qui est la "toute puissance" du Mal selon eux.
Pas plus tard que la semaine dernière, j'ai acheté de ma poche, 24 euros quand même, un "étron philosophique" se donnant le nom de : "Les grecs, les arabes et nous : enquête sur l'islamophobie savante", dont j'avais d'ailleurs déjà commenté ici certaines "traces" sur des blogs. Il s'agit de mettre à bas la thèse de Sylvain Gouguenheim dans "Aristote au Mont Saint michel", de l'assimiler à du racisme anti-arabe, à de l'islamophobie !
Or ce livre est paru dans la collection drigée chez Fayard par Alain Badiou et Barbara Cassin ; il faudra bien d'ailleurs un jour s'interroger sur ce "couple infernal", formé par Badiou qui se revendique platonicien et par Barbara Cassin qui entend réhabiliter les sophistes et la sophistique!
Reste que l'introduction du livre, rédigée par Philippe Büttgen, Alain de Libera, Marwan Rashed et Irène Rosier-Catach, est un pur "réchauffé" de Badiou, et pas du meilleur : toute tentative d'interpréter l'histoire autrement que par le biais de la "dialectique matérialiste" (dont Badiou se donne pour l'achèvement) est assimilé à une "pensée de la restauration", et le livre de Gouguenheim à un symptôme du sarkozysme!
Or, les ennemis de nos ennemis ne sont pas forcément nos amis : je ne peux être soupçonné de tiédeur dans le combat contre le sarkozysme , mais il existe d'autres voies pour lutter contre que celles de Badiou, Hazan ou des différents collectifs de "L'insurrection qui vient". Le sarkozysme est un symptôme terminal de ce que je dénonce ici comme le faux Occident, et il est absolument anti-chrétien, ne serait ce que dans sa façon de rabattre la science sur la technique et la rentabilité économique.
Badiou se donne aussi pour le dernier maillon de la ligne rationaliste de la philosophie, qu'il fait remonter à Descartes et Malebranche, et qu'il oppose à la ligne vitaliste de Bergson. Cette ligne existe bel et bien, nous nous en revendiquons nous aussi, seulement elle s'arrête selon nous à Brunschvicg, dont on peut montrer que le long "regard en arrière" vers le "progrès de la conscience dans la philosophie occidentale" est "indépassable", marquant donc un achèvement de la ligne rationaliste : après, il suffit de continuer, avec les instruments qu'il nous a donnés, l'examen de la science théorique qu'il n'a pas pu voir de son vivant: unification de la physique, et théorie des catégories en mathématiques.