Je suis de plus en plus convaincu que, comme je le disais dans un ancien post ici ou sur le blog sur over-blog, la philosophie française a connu une mauvaise pente au 20 ème siècle, en particulier après 1945, en grande partie à cause de l'influence délétère de Sartre (dont Badiou est l'héritier).
Et Sartre s'est construit intellectuellement en grande partie CONTRE Brunschvicg, qui était directeur de Normale dans les années 20-30 quand Sartre et De Beauvoir y étudiaient.
A côté des grands maitres du 19 ème (ou nés au 19 ème) : Lachelier, Ravaisson, Lagneau, Brunschvicg (ainsi que Lavelle, Le Senne, Blondel et autres), les Sartre ou Heidegger et Lévinas font piètre figure.
Jules Lagneau (1851-1894), au cours de sa courte existence minée par la maladie et les fatigues dûes à une activité débordante, n'a pas publié de livre. Mais ses notes de cours et articles divers ont été publiés vers 1950.
On trouve des textes de lui et sur lui sur le site d'Alain :
http://alinalia.free.fr/emma/lagneau/index.html
"La question de l'existence de Dieu est celle de la valeur absolue de la pensée.Savoir si Dieu est , c'est savoir si la pensée est ce qu'elle doit être, si la pensée a une valeur absolue"
"Les deux idées dans lesquelles il serait le mieux de déterminer la réalité de Dieu sont celles d'unité et d'amour...la vraie réalité dont notre intelligence n'aperçoit que des images, des divisions, cette réalité antérieure à l'intelligence est unité. Mais nous savons en même temps qu'elle est quelque chose comme la pensée. Dieu ne peut pas être une réalité de nature antipathique à la pensée : car la seule raison d'affirmer Dieu, c'est que nous pensons, et ce n'est pas au dessous mais au dessus de la pensée, dans sa source, qu'il faut le chercher...autrement dit nous ne pouvons concevoir dieu que comme une pensée antérieure à la pensée même. Mais cette pensée, dont le caractère essentiel est l'unité, il semble que nous n'en ayons l'idée que par l'amour. Aimer c'est s'unir à ce qui n'est pas soi...au fond de toute pensée il y a cette action par laquelle l'être pensant pose qu'il y a d'autres êtres que lui"
Au fond on est ici bien proche de ce que dit Brunschvicg : Dieu comme source de la vérité et de l'amour, comme conscience intellectuelle, comme Esprit et "nature intellectuelle" (Descartes) infinie.
Il faudrait comparer à ce que disent Descartes et Husserl sur l'accès à la réalité des autres (egos) et à l'intersubjectivité, avec ce qui est dit ici et ailleurs dans le "Cours sur dieu" de l'amour.
Un amour qui n'a rien à voir avec l'idolâtrie de l'amour entre homme et femme (ou entre h et h, f et f), dans la culture de masse contemporaine. Le sexe pour le plaisir pur est bien plus honnête et bien plus pur que ces saletés de chanteurs à la mode qui dégradent l'amour purement spirituel et universel, celui des Platon, Spinoza (amor Dei intellectualis), Brunschvicg et Lagneau.