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Le caractère central de l’addiction ( ou dépendance ) en relation avec le caractère temporel de l’existence humaine

Ernst Junger, dans « Approches, drogues et ivresses » compare le toxicomane qui « croule sous le fardeau du Temps » au «  Christ qui porte sa croix ». Je ne me souviens plus de la formulation exacte, je sais seulement que j’avais été très impressionné le jour où il y a longtemps, j’ai lu ce passage. Je suis persuadé que l’alcoolisme est une addiction comme toutes les toxicomanies et que l’addiction au sexe en est une des plus terribles. Qu’est ce qui cause toutes les addictions ?  A mon avis : le fardeau, le poids du Temps, que les humains portent comme, dans le mythe central de l’Occident, le Christ porte sa Croix, sur laquelle il va être crucifié , dans la montée au Calvaire. C’est là le fait fondamental de l’existence humaine, aussi le toxicomane, l’alcoolique, ou l’être humain soumis à l’addiction sexuelle, est il l’humain par excellence. L’être humain n’a pas le Temps, il est le Temps, aussi celui ci est il si difficile à définir, comme le note Saint Augustin : « si l’on ne me demande pas ce qu’est le Temps, je le sais, mais si on me demande de le définir, j’en suis incapable ». De même il est difficile , voire impossible à l’homme de définir ce qu’est l’homme, animal qui donne le définitions. Donc fait central de l’existence humaine : le temps, la temporalité, le caractère temporel de l’existence humaine, qui commence dans le temps, et doit donc inéluctablement finir dans le temps. Ceci est souvent vécu de manière traumatique, et entraîne l’apparition d’addictions comme « médicaments contre le vertige de la chute dans le Temps » pour parler comme Cioran. Je note que les trois sortes d’addictions évoquées jusqu’ici ( alcool, drogues et sexe) sont celles à l’origine de « groupes de paroles » où les malades se réunissent pour s’entraider, avec un certain succès, doit on reconnaître, même si l’on est hostile à l’idéologie de la « Puissance supérieure «  qui sous tend le fonctionnement de ces groupes d’origine américaine ( dans les « Oxford groups « ) :

 

https://www.aa.org/pages/fr_FR/historical-data-the-birth-of-aa-and-its-growth-in-the-uscanada

 

Criticable intellectuellement ? En tout cas ça marche et cela sauve de par le monde des millions de personnes de l’enfer !

Il existe certainement d’autres sortes d’addictions , comme celle des « workaholics », la dépendance de certaines personnes au travail , où ces personnes trouvent le sens de leur vie, sans lequel elles ne peuvent littéralement plus vivre, aussi si elles se retrouvent au chômage, elles traversent des syndromes dépressifs sévères et tombent elles dans les trois addictions sus-mentionnées. Nous en avons tous rencontré, de ces « travaiolliques » (« workaholics » ) et pourtant je n’ai jamais entendu parler de groupes « Workaholics anonymous » alors qu’il existe des groupes:

 

Alcooliques anonymes

Narcotiques anonymes 

Dépendants affectifs et sexuels anonymes 

La raison pour moi en est claire : l’addiction au travail ne provoque pas de rejet social comme les trois autres addictions, bien au contraire.

Par contre l’addiction au travail est liée à la difficulté à structurer le temps de l’existence : aussi les personnes qui en sont frappées détestent elles les vacances, période où elles s’ennuient, privées qu’elles sont de leurs « dossiers «  et de tout ce qui rend la vie importante à leurs yeux.

De même doit on mentionner l’addiction à la nourriture, l’impossibilité de manger normalement, qui souvent d’ailleurs accompagne l’alcoolisme, de même que le symptôme symétrique, l’anorexie opposée à la boulimie :

 

https://cmha.ca/fr/brochure/les-troubles-de-lalimentation/

Je retiendrai en définitive deux addictions :

  • En relation avec l’alcool et autres drogues, ou à la nourriture, à ce qui permet de maintenir l’existence individuelle 

  • En relation avec la sexualité, c’est à dire avec ce qui permet d’engendrer d’autres existences humaines .

  • Toutes deux sont liées au fait central de l’existence humaine : le caractère temporel de celle ci, et donc le fait que la vie est orientée de la naissance à la mort, de l’apparition à la disparition.

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