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RAPT : un film de Lucas Belvaux

Dans ce film librement réalisé d'après l'histoire réelle du baron Empain (en 1978)  par l'excellent Lucas Belvaux (à qui l'on doit "La raison du plus faible", qui est un grand film) , un capitaine d'industrie (joué par l'excellent aussi Yvan Attal ) se fait enlever par des truands qui réclament une rançon de 50 millions d'euros...

l'histoire se passe aujourd'hui, en 2009, dans la France de la "crise", des stock-options et des parachutes dorés... les journaux à sensation divulguent la vie scandaleuse du "grand patron héritier d'une grande fortune", ses pertes au jeu, ses maîtresses..

libéré après deux mois et quelques vicissitudes affreuses, il doit affronter les reproches de sa femme et des ses deux filles, ainsi que la vindicte de ses subordonnés , des politiques, et des actionnaires suite à la divulgation des "scandales de sa vie privée"...à la fin, il se voit obligé de démissionner et de vendre ses actions, et de divorcer...et il n'en a pas fini avec les truands, qui n'ont pas pu obtenir la rançon, mais continuent à le menacer.

Ce très bon film, qui de plus ne comporte heureusement  aucune de ces scènes quasi-pornographiques de sexe qui semblent un parcours obligé du cinéma français "branché" (mais il est vrai que Lucas Belvaux est belge, c'est sans doute pour cela qu'il réalise de si bons films) , conduit donc à une interrogation : comment se fait il que cet homme, qui a souffert le martyre lors de son enlèvement (on lui a coupé d'emblée un doigt, comme cela avait été le cas pour le baron Empain) se retrouve en position d'accusé ?

et, pour aller plus loin : comment se fait il, alors que la techno-science nous donne depuis un siècle ou deux des pouvoirs immenses sur la nature, que les hommes passent leur vie à s'entre-déchirer, et  finalement à se rendre l'existence insupportable, tout au moins pour le plus grand nombre d'entre eux, tellement insupportable que la consommation de drogues diverses s'accroît dans des proportions terrifiantes, tout autant que la fréquence des suicides ?

C'est que les hommes, dans leur très grande majorité, se tournent de manière obsessionnelle vers les biens extérieurs, qui les mettent en lutte et en concurrence, et ne cherchent pas le Vrai bien (selon les termes de Spinoza) là où ils peuvent le trouver : dans l'intériorité.

Puisque : "le salut est en nous".

Ces biens extérieurs se répartissent en trois catégories, toujours selon le Traité de la réforme de l'entendement de Spinoza : les trois catégories de la sensation (du plaisir), de l'avoir ou de la possession, et du pouvoir et des honneurs.

A quoi il faut ajouter , comme le démontre Dany Robert-dufour à la suite de la lecture de Pascal, le savoir, qui correspond à une autre pulsion désirante : libido sciendi.

Oui, si les savoirs sont seulement recherchés non pas pour libérer des superstitions et des pulsions , mais pour dominer, provoquer l'admiration des autres (pouvoir, honneurs), ou bien pour monter dans l'échelle sociale, ou bien pour s'enrichir (avoir, posséder) , ou bien pour satisfaire la cruiosité (sensation, sentir, libido sentiendi), alors ils sont à classer avec les autres "biens extérieurs".

Et d'ailleurs ils sont, dans ce cas là, manipulés à la manière des autres biens matériels, et font l'objet d'une sorte de "concurrence", qui s'observe notamment dans les phénomènes de "rétention d'information" : ainsi par exemple, un patron qui veut s'enrichir illégalement profitera des informations qu'il a sur la dégradation de son entreprise pour vendre ses stock-options au plus haut, tout en cachant ces informations au public (sinon tout le monde vendrait, et il ne ferait pas de profit).

C'est d'ailleurs là un critère infaillible dont nous disposons pour reconnaître le, ou les, vrais biens : ils ne diminuent pas en quatité quand on les partage, au contraire ils augmentent.

alors que les faux biens, les biens extérieurs, diminuent quand on les distribue...et vous avez là le sens de la parabole du miracle des pains ou des poissons dans l'Evangile !

Aussi, si un savoir n'est pas immédiatement universalisable à l'humanité entière, si le fait de le communiquer est préjudiciable à quelqu'un, ce n'est pas un savoir : c'est soit une "information", soit une fausse croyance, une superstition, religieuse ou sectaire !

Vous avez là, dans ce schéma très simple dû à Spinoza, un moyen de comprendre rationnellement pourquoi le sexe , la fornication, est le Mal maximal : c'est parce qu'il correspond aux trois catégories à la fois des faux biens, des biens "extérieurs" !

et ici, quand je parle de "sexe", j' y englobe aussi ce qu'on appelle l'amour, le sentiment amoureux, le dernier mythe de notre époque imbécile !

il est d'abord un plaisir, provoquant une addiction : première catégorie !

mais il se caractérise aussi par un sentiment de possession de l'être aimé, de jalousie : seconde catégorie, celle de l'avoir, de la possession.

Et enfin, il entraîne à vouloir dominer l'être que l'on dit et que l'on croit aimer, à le "forcer" à être selon nos désirs, à se conformer à nos volontés , à nous admirer : troisième catégorie, pouvoir, domination, honneurs.

ainsi, un homme évolué ne se contentera pas d'une prostituée, il voudra être admiré de la femme qu'il "possède" en lui faisant l'amour... le viol lui fera horreur (ce qui est bien !) mais il voudra que la femme qu'il veut séduire l'aime pour lui même, souhaite n'avoir pour amant que lui, le distingue entre tous les hommes : illusion et tromperie de la nature, comme l'a bien montré Schopenhauer !

Aussi Lucrèce , dans le "De natura rerum", avait il raison de conseiller aux apprentis philosophes, s'ils ne pouvaient se passer de sexe, d'aller voir les prostituées, et d'éviter par dessus tout la folie de l'amour , qui transforme les meilleurs des êtres en  fous furieux !

Seulement ici, attention à d'autres illusions, encore plus nocives !

Certains libertins voudront ici intervenir et le feront sur un mode "plaisant", croient ils : "mais le plaisir entraîne t'il toujours une addiction ? ne confondez pas les malades , qui d'ailleurs n'ont jamais de plaisir, avec les vrais épicuriens, qui savent se contrôler et s'imposer de longues périodes d'abstinence pour mieux ensuite savourer leur plaisir ! quant à la possession, les habitués de l'échangisme , qui sont l'élite indépassable de notre modernité, en ont bien fini avec ce triste instinct : ces couples entièrement émancipés, qui sont les plus heureux et les plus stables, se réjouissent, qui de voir sa femme s'épanouir dans les bras d'un groupe d'hommes jeunes et courtois, véritables chevaliers servants de la culbute BCBG , l'amenant peu à peu à l'acmé du bonheur total !"

Voire....

j'ai des doutes sur la réalité de cette "stabilité" dans le couple assurée par l'échangisme...et quand bien même existerait elle pour quelques happy few, et pour quelques années (car l'échangisme après 60 ans, cela me semble problématique)  il reste que ce plaisir, comme tous les autres, est transitoire, passager, amenant avec lui la satiété, ou bien l'envie d'en avoir toujours plus, et de trouver de "nouvelles voies"..

C'est d'ailleurs là le thème d'un excellent film de ce bon Polanski,(qui devait parler d'expérience) , d'après un roman de Pascal Brückner : "Lune de fiel"; où l'on voit que le "plaisir" soit disant pur et "innocent" (s'il était seul, cela se pourrait) se mélange toujours d'autres sentiments beaucoup moins "purs"...

d'autres trouveront leur bonheur sur le "tapis magique" évoqué, de façon extraordinaire dois je dire (on sent là du "vécu"), par Jules Romain dans un des volumes composant les "Hommes de bonne volonté" , et ayant justement ce titre : "Le tapis magique"; il s'agit de la découverte par son héros le normalien Jallez , après les horreurs de la première guerre mondiale, de la "vita nuova" consistant à vivre pour séduire jour après jour de nouvelles femmes...(et cela doit bien être l'idéal de certaines femmes aussi).

là nous passons de l'étage (considéré comme le plus bas dans notre culture, allez savoir pourquoi) de la sensation brute, du plaisir du coït , au "tableau de chasse" du "chasseur-séducteur", c'est à dire à celui de la "domination-manipulation-séduction".... en prenant bien soin d'éviter celui de la "possession" puisqu'une fois la belle séduite  et... "tirée", on passe immédiatement à une autre.

Comment ne pas voir que de tels hommes (ou femmes) , croyant être chasseurs, sont en fait proies, toujours dépendant de la volonté d'un autre ? (et il convient ici de rappeler que beaucoup de femmes ne cèdent pas même et surtout si elles en meurent d'envie, rien que pour marquer leur indépendance, et comme je les comprends !).

Ce "bonheur" n'est donc pas la joie continue, souveraine et éternelle dont parle spinoza, et qui coîncide avec la quête réussie du "Vrai Bien" : puisqu'il dépend d'un autre être, libre de son choix et lui même dépendant d'autres êtres ...

Et quand bien même ces limites seraient dépassables ?

il reste que le sexe, comme l'a magistralement fait voir l'oeuvre de Georges Bataille, a partie liée avec la mort : l'érotisme se confond avec la nostalgie mystique de la continuité perdue entre les êtres "discontinus" que nous sommes.

L'obsession du sexe, c'est l'obsession de la mort envisagée comme libération de la torture de la vie incarnée dans un corps et une âme individuelle, donc limitée (par le fait que je ne puis pas être un autre, que je ne puis pas me confondre et m'unir totalement avec cette femme à laquelle je fais l'amour).

Et les belles et prodigieuses analyses de Michel Henry (notamment à la fin de son livre "Incarnation") ont démontré rationnellement que cette fusion que recherchent les amants n'aairve jamais (cela, nous le savons tous) mais ne PEUT pas arriver, de par la constitution phénoménologique de la réalité.

 Qu'elle est donc un projet voué essentiellement à l'échec, un enfer à la Tantale ou à la Sisyphe. Ce qui n'est autre que la conclusion de Schopenhauer par d'autres voies philosophiques (non plus phénoménologiques, mais métaphysiques), que l'on pourrait résumer ainsi :

"Les voies de la partenaire sont très pénétrables, mais son être, ainsi que sa subjectivité réelle, trans-psychique, ne le sont pas, et cela de par l'essence même de la réalité comme manifestation phénoménale".

Si , comme l'a dit Spinoza, le sage, ou celui qui recherche la Sagesse, doit penser à rien moins qu'à la mort, ou bien doit "renoncer à la mort" selon la formule de Brunschvicg, alors il s'agit aussi et d'abord de ne penser à rien moins qu'au sexe : à ne plus en être obnubilé, comme c'est le triste destin de notre "civilisation" mortifère et pornographique.

Doit on alors viser l'abstinence totale de sexe pour atteindre le "Vrai Bien" dont parlent Spinoza et ? non !

d'abord parce que l'abstinence physique n'assure nullement l'abstinence psychique, c'est même souvent le contraire.

Ensuite parce que nous avons le "devoir" de transmettre la vie, vis à vis de l'espèce : et ce "devoir" non rempli aurra des conséquences négatives...je m'exprime peut être mal...disons que l'on nous a transmis la vie, nous devons la transmettre à notre tour, pour pouvoir ensuite, une fois nos tâches "naturelles" acquittées, passer à ce qui est de l'ordre de l'Esprit.

Dans le beau film "Les ailes du désir", dont je parlais l'autre jour, l'ange est le "symbole" celui qui refuse d'entrer dans le courant des naissances et des morts : il ne "pèse" rien.

Aussi, Damiel, celui des deux "anges" qui dans le film choisit de s'incarner, héritera t'il de la "terre", par le biais de l'amour...le très beau monologue de Marion sur les "nouveaux ancêtres" est sans doute le seul qui pourrait me "réconcilier" avec l'amour ; car il faut peut être prendre, quand même, sa défense, comme le fait Badiou dans son derneir "Eloge de l'amour", et aussi Paul Thomas anderson dans son film "Punch drunk love" que j'ai commenté ailleurs. Le défendre contre quoi ? contre la pornographie et la perversité de l'époque qui est en même temps l'emprise dictatoriale de "la rencontre selon Meetic" sur les âmes...

comme le dit une femme citée par Finkielkraut : "dès que je casse avec mon mec, deux heures après je suis sur Meetic pour en trouver un autre"

mais ce faisant, il importe de ne pas poursuivre le plaisir transitoire, et de ne se livrer à l'acte sexuel que pour enfanter, sans aucun motif égoïste de plaisir, de pouvoir ou de possession.

j'ai décrit ici l'idéal chrétien véritable, qui est le plus haut sommet jamais désigné à l'humanité. Et le christianisme est une religion de l'Incarnation.

Un idéal sublime dont le grossier "puritanisme" islamique, et son oppression de la femme, n'est que la contre-façon satanique : l'Islam n'est en fait que le lupanar élevé au rang de Temple divin, voir :

http://www.bivouac-id.com/2009/10/26/le-paradis-dallah-est-un-lupanar-pour-misogynes-lubriques-nous-explique-une-nouvelle-fois-un-savant-musulman/

Et encore une fois, je dois rappeler que ce sommet est relativement à moi comme l'Everest vis à vis du pauvre cultivateur de la plaine : une vision grandiose mais inaccessible à jamais, sans doute...

et c'est une terrible découverte que de comprendre que ce que l'on SAIT maintenant, de façon indubitable, être la Vérité, jamais nous ne pourrons le réaliser en une âme et un corps, à cause de la vie dissolue que nous avons menée suite aux mauvaises orientations prises lors de la jeunesse : "la voie large qui mène à la perdition".

il nous reste alors comme tâche d'expliquer en quoi nous nous sommes totalement détournés de la voie juste, la "voie médiane".

Pour être impartial, il me reste à souligner que , face à cet idéal chrétien sublime, il existe une autre voie, en quelque sorte son exact "symmétrique", celui des diverses Gnoses, et qui se trouve dépeint je crois dans la fameuse formule : "chevaucher le tigre", et que visait par exemple rimbaud avec son "dérèglement de tous les sens".

il s'agit de chercher l'illumination en transcendant totalement la limite de l'individualité lors de pratiques sexuelles  apparaissant comme complètement "dissolues", car c'est exactement cela qui est proposé par ces sortes de voies dites "de la main gauche" (aucun rapport avec la politique française, ni avec la masturbation, ce qui revient au même d'ailleurs dans notre pays) : la dissolution de l'individualité psychique et corporelle pour accéder à un autre "état".

Le problème est que tous ceux (occidentaux en tout cas) qui se sont engagé dans cette voie se sont vite retrouvés dans les cloaques nauséabonds de la partouze banale (comme l'a plaisamment raporté le yogi Van Lysebeth qui a pu observer ce genre de zigotos en Inde, et la façon dont la foule hindoue, scandalisée par leurs agissements, a bien failli les exterminer tous) ...

alors existe t'il encore des "confréries" en Inde ou ailleurs conservant ce genre d'initiation ? je ne le pense pas, sans avoir ici la place ni la volonté d'expliquer mes raisons de penser ainsi, et de toutes façons cela n'est pas valable pour des occidentaux...

Nous avons semble t'il dérivé assez loin du film de Lucas Belveaux  ? pas tellement !

tous les malheurs du héros, Stanislas Graf (joué par Yvan Attal) proviennent de ce qu'il ne s'est pas détourné de la poursuite des biens extérieurs, où il a atteint une sorte d'excellence, ce qui a motivé l'envie de ceux qui avaient moins de réussite, et finalement son enlèvement par des malfrats qui voulaient gagner ces mêmes biens, mais sans même passer par une période de dur labeur...

et d'ailleurs, au fond, l'attitude de ces truands est peut être la même (quoique plus extrême, et plus risquée) que celle de tous ces beaux esprits qui vont clamant qu'ils ne supportent plus ce monde où règnent l'obsession du pouvoir et de l'argent : en fait, ils voudraient bien avoir le pouvoir et l'argent, et s'ils les avaient, ils cesseraient immédiatement leurs jérémiades pour entonner celles du "quand on veut on peut".

Vous avez là, "in a nutshell" l'explication de l'échec irrémédiable du communisme et de l'anarchisme : tant que les humains, dans leur très grande majorité, ne se seront pas "convertis" de la "religion" des biens extérieurs (d'où dérive celle du Dieu extérieur, transcendant et totalitaire) à celle de l'intériorité et de l'unité absolue (présente dans Platon et Spinoza, et que nous appelons "christianisme des philosophes") , toute tentative de créer un "monde meilleur" tournera ....au "meilleur des mondes" d'Huxley : brave new world !

 je ne voudrais pas terminer en donnant l'impression (totalement fausse) qu'il suffirait de résoudre la question du sexe (question clé, certes) pour atteindre le Vrai Bien et sa joie continue et souveraine...

que non pas !

une fois ce premier palier franchi (et c'est déjà essez dur, tellement même que je n'y suis pas arrivé pour ma part) il reste bien d'autres éceuils sur la Voie, des gouffres plus dangereux car plus "subtils"...

comme par exemple celui de jouir de ses merveilleux "talents spirituels" en les prenant pour la fin du chemin...

mais Thérèse d'Avila, ou Jean de la Croix, ont décrit ces écueils subtils bien mieux que je ne pourrais le faire !

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