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SUNSHINE

C'est grand, c'est beau, c'est époustouflant, c'est magnifique, c'est sublime,  cela élève l'âme....vers le seul ciel qui vaille, le ciel intelligible des théories (la relativité générale par exemple), des morphismes, foncteurs et autres équations, c'est à dire des rapports intellectuels, comme l'avait bien vu le philosophe Brunschvicg.

 

C'est le premier film qui se hisse au niveau du plus grand génie cinématographique de tous les temps : Stanley Kubrick, et bien sûr du Kubrick de "2001 Odyssée de l'espace" (qui date de 1968) : "Sunshine", de Danny Boyle (rtéalisateur de "Trainspotting") sort aujourd'hui en France.

Mais Kubrick , "juif déjudaïsé" (selon ses propres termes), qui a toute sa vie eu l'envie de réaliser un film sur la Shoah sans arriver à passer au stade de la réalisation, restait "croyant", je veux dire croyant en un Dieu transcendant modelé par la Torah, et c'est bel et bien un coup de force qu'il réalise dans son "2001" en transformant le roman purement athée d'Arthur C Clarke en un film ouvrant sur une transcendance incompréhensible à l'homme.

"Sunshine" est un film spinoziste, je ne peux pas mieux dire, et je vais m'en expliquer brièvement.

Mais auparavant, je signalerai juste la petite faiblesse du film, assez anecdotique: la fin est un peu trop spectaculaire, mais ne sombre jamais dans le ridicule genre Bruce Willis Clin d'oeil.

L'intrigue se déroule en 2057, la terre gèle parce que le soleil se meurt, un vaisseau spatial appelé "Icarus 2" est envoyé en mission vers le Soleil, sept ans après une première mission "Icarus 1" qui avait échoué, l'objectif étant de larguer au coeur du Soleil une bombe thermonucléaire "de la taille de Manhattan" pour  y "créer une nouvelle étoile au coeur d'une étoile qui meurt"; il s'agit donc encore une fois de sauver la planète, mais que l'on se rassure, on n'est jamais écroulé de rire comme avec "Independance day" Mort de rire.

Bien entendu la crédibilité scientifique (technique) est nulle, mais ce n'est pas grave : il s'agit d'un film philosophique et initiatique sur les enjeux et pouvoirs de la science , pas d'un film scientifique.

autre petite faiblesse, l'équipage du vaisseau est composé de blancs et d'asiatiques à nombre égal, par contre la parité hommes-femmes n'est pas respectée et il n'y a aucun africain ! je suis choqué !

D'autant plus qu'il s'agit là d'un enjeu de pensée majeur du scénario : marquer le retour de l'Occident (dont certains pisse-vinaigres copmme Alain Badiou assurent qu'il est fini : "l'Occident blanc c'est fini") justement comme multiracial et ouvert à tous les hommes, universaliste parce que scientifique et uniquement rationnel, non mystique ni religieux, face aux menaces "apocalyptiques" de fin de l'humanité. Je souligne d'ailleurs au passage que le réchauffement climatique, réel quant à lui, est une bonne chose, parce qu'il marquera ce grand retour de l'Occident universaliste-scientifique en démontrant aux yeux de toutes les consciences que ce n'est pas en priant que l'on sauve l'humanité, mais grâce à la science occidentale et à ses théories.

Après diverses péripéties que ne ne vais pas dévoiler ici, ils doivent se sacrifier un à un pour pouvoir mener leur mission à bien. Ils retrouvent le précédent vaisseau Icarus 1 , et après l'avoir inspecté découvrent que sa mission a été sabotée par le commandant devenu fou et sombrant dans un délire religieux : sur un enregistrement il explique les motifs de son sabotage par son "respect" de la volonté de "Dieu" (le dieu transcendant des religions), qui selon lui veut que l'humanité prenne fin et dont on n'a pas le droit de contrecarrer les décisions en s'appuyant sur les pouvoirs de la science humaine. A ce délire mystico-religieux s'oppose point par point le destin du "scientifique" de l'équipe, le physicien, qui parvient après des péripéties dramatiques à séparer du vaisseau le module portant la "bombe stellaire" et à l'envoyer vers le soleil tout en prenant place dedans pour l'armer et la "piloter" : il accepte la nécessité de la mort inévitable non pas par "grandeur stoïcienne" et effacement de l'individu devant l'enjeu de la survie de l'humanité, mais bien avec la "joie" purement "intellectuelle" de la contemplation de la beauté mathématique liée au mécanisme de l'explosion, que lui seul comprend : on reconnait là la pure joie spinozienne de l'Amor Dei Intellectualis.

Ce conflit entre le pur Intellect qui devrait être l'apanage de la science confondue avec la philosophie (soit la Mathesis universalis = Amor Dei Intellectualis) et la sentimentalité mystique est aussi thématisé ailleurs dans le film, notamment quand les astronautres restant en vie doivent prendre la décision de tuer l'un d'entre eux (qui après s'être rendu responsable par une erreur d'un accident terrible qui menace la mission et interdit tout retour sur Terre, a sombré dans un délire de culpabilité et menace de tout détruire) parce qu'il n'y a plus assez d'oxygène pour mener la mission jusqu'au bout. Ils prennent la décision par vote à l'unanimité, mais seule une femme s'y oppose. le chef prend alors la décision d'éliminer lui même le membre "en trop", mais finalement n'a pas à le faire, car celui ci, resté philosophe dans son délire, a "pris ses responsabilités" et s'est suicidé.

Oui, ce sont bien tous à la fois des scientifiques et des philosophes (ce que ne sont pas les scientifiques réels dans la plupart des cas) , même s'ils ne le sont pas toujours. La meilleure preuve en est qu'il ne survient aucune histoire de sexe ni d'amour (c'est la même chose) entre ces êtres jeunes et beaux. La joie intellectuelle spinoziste et brunschvicgienne est au dessus de ces contingences matérielles et "humaines, trop humaines". Mais il est vrai que seul le scientifique (physicien) de l'équipe "comprend" la nature de cette joie, et seul aussi il peut affronter la mort inéluctable  avec joie (à la différence justement de son amie la jeune femme sentimentale qui refuse de voter la mort pour l'un d'entre eux même si cela est nécessaire pour accomplir la mission, et qui déclare qu'elle a peur de cette mort que tous comprennent à la fin comme inévitable). Il s'oppose aussi à la mort héroïque du "psychiatre" (d'origine arabe ou juive) qui se sacrifie par sentiment du devoir, et aussi à cause d'une certaine fascination d'ordre mystique pour la "contemplation de la lumière mortelle du Soleil face à face". Signalons que ce physicien est appelé dans le film Robert CAPA, clin d'oeil au photographe-héros d'origine juive hongroise Robert Capa (rien à voir avec Sarkozy Clin d'oeil) à qui nous devons les rares photos du débarquement de 1944 en Normandie.

La fin donc, où le module contenant la bombe "parvient à rentrer" dans le soleil et à y exploser avec les hommes qui y sont, rappelle aussi la fin du "Docteur Folamour" de Kubrick où c'était le pilote à l'accent texan du bombardier qui chevauchait sa bombe : mais nulle dérision ici, car il n'y a aucun nihilisme dans la décision libre du physicien-philosophe d'accomplir sa tâche  jusqu'au bout (et d'ailleurs il sait qu'il doit de toutes façons mourir car le retour sur Terre est impossible à cause du manque d'oxygène).

Le nom du vaisseau spatial est évidemment une allusion au mythe grec d'Icare fils de Dédale, à qui son père fabrique des ailes, et qui par ivresse de puissance s'approche trop du soleil jusqu'à ce que la cire qui tient ses "ailes" compactes fonde et qu'il ne s'écrase sur la Terre. Un autre mythe proche est celui de Phaéton fils du Soleil, raconté par Ovide : il supplie son père de le laisser mener juste une fois le char du Soleil autour de la Terre, mais par manque d'habileté il menace de brûler la Terre en s'en approchant trop, aussi Zeus doit il le foudroyer.

La science occidentale moderne, née au 17 ème siècle, est caractérisée par l'hybris icarienne, tel est le message du film : mais il s'agit là d'une "bonne hybris", qui philosophiquement se traduit par le remplacement du "Dieu transcendant" abrahamique par le "Dieu Raison" de  Descartes , qui est aussi celui de Spinoza, même si cela semble une mésinterprétation de l'Ethique : on le comprend une fois que l'on a pris acte de l'effondrement de l'appareillage "substantialiste" de la philosophie spinoziste, qui ne menace aucunement sa vraie portée, toute d'immanence et mathématique-intellectuelle, comme l'a magistralement montré Léon Brunschvicg.

Et cette "bonne hybris", qui refuse toute prière pieuse, toute "crainte et tremblement", est aussi celle qui permet en fin de compte de réussir, et à l'humanité de survivre. Aux mystiques la prière et la crainte, aux mathématisants spinozistes le pur amour intellectuel de Dieu c'est à dire de la Nature c'est à dire de la Raison qui lui est identique d'après l'isomorphisme des deux attributs de la Pensée et de l'Etendue (qui doit être comprise comme Etendue intelligible comme nous en avertit Malebranche ainsi qu'Einstein)

Au Dieu transcendant des idolâtres abrahamiques, celui à propos duquel il est dit que "la crainte du Seigneur est le commencement de la Sagesse : reschit hokmah" s'oppose donc point par point le dieu purement immanent et spirituel du spinozisme, philosophie qui est un intellectualisme mathématisant et se confond avec la tâche infinie de la Science dans sa dimension théorique-philosophique. Ce Dieu rationnel communique avec l'homme d'esprit à esprit, et non pas de maitre à esclave.

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