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Mathesis universalis et modernité

Quelques mots touchant au "virage à droite" qui a déjà été évoqué à propos de ce blog....

"Révolte contre le monde moderne" est un livre bien connu (sinon bien lu) de Julius Evola, un aristocrate italien haut en couleurs qui est souvent rapproché de René Guénon dans les cercles "traditionnalistes". Et ce, bien à tort, de l'aveu de Guénon lui même, qui reproche à Evola son attirance jamais désavouée pour la "philosophie".

La doctrine de Guénon, adoptée en partie par Evola, évoque une "tradition primordiale", située sur la mythique Hyperborée qui selon lui est l'emplacement de ce que les anciens appellent "âge d'or" de notre cycle actuel d'humanité, qui dure 64800 ans. Nous serions actuellement à la fin de l'âge de fer, c'est à dire à la fin du cycle, prévu par certains auteurs (comme Gaston Georgel) pour 2030.

Tous ces auteurs "traditionnalistes", qu'ils soient "orthodoxes" comme Guénon ou "lucifériens" comme Evola , ont en commun un véritable mépris (qui confine à la haine) pour l'Occident moderne et ses valeurs : démocratie, rationalité, universalisme , métissage.... Guénon ne perd pas une occasion pour rabaisser ce dont l'Occident haï , et considéré comme une "anomalie", est le plus fier : la science moderne. il lui oppose une prétendue "science traditionnelle", dont alchimie et astrologie seraient les derniers vestiges, bien dégradés.

L'Occident moderne et son processus de "dégradation des valeurs" commence selon Guénon avec Philippe Le Bel, et plus précisément en 1307, date du procès des Templiers.  On trouve une vision analogue chez un très grand romancier comme Hermann Broch, notamment dans "Les somnambules".

Ce genre de thèses s'oppose point par point aux conceptions modernistes et historicistes qui, soyons honnêtes, sont plutôt celles qui ont été endossées par nous jusqu'ici. Ainsi par exemple,  Léon Brunschvicg , dont nous nous sommes plusieurs fois réclamés ici, oppose la mentalité des aristotéliciens et des scolastiques médiévaux, celle selon lui d'un enfant de 6 ans, à la spiritualité véritable qui est celle de Descartes, Spinoza et autres grand fondateurs de la rupture moderne. Véritable parce qu'une "norme d'accès à la Vérité" est pour la première fois trouvée dans une physique mathématique, dont les succès croissants sont vérifiables, et vérifiés.

Or comme Spinoza, dans le "Court traité", procède à l'identification de "Dieu" à la "Vérité" (Brunschvicg , lui, dira que "Dieu" est la source de la Vérité, ou aussi qu'il est cette présence d'immanence radicale en l'homme qu'on nomme conscience intellectuelle), on peut formuler les choses ainsi : au 17 ème siècle, l'Europe moderne fait naitre "Dieu" en établissant pour la première fois dans l'histoire une voie d'accès à lui, sous la forme d'une norme mathématique de vérité (dans la physique mathématique initiée par Descartes).

Mais Brunschvicg , mort en 1944 après avoir dû fuir Paris en 1940, n'a pas pu ne pas constater (dès 1914, et même bien avant) ce terrible processus de dégradation des valeurs qui est aussi la part d'ombre de l'Occident moderne. Et s'il avait vécu l'après guerre, il n'aurait pas pu ne pas voir la montée inéluctable du communisme totalitaire, et du nihilisme relativiste de la "trahison des clercs", qui mènera à Mai 1968 et à sa révolte infantile.

Nous ne voulons pas ici encenser Guénon, mais accorder à Hermann Broch sa vérité essentielle : oui, l'Occident se ronge lui même, et ce qu'il dégrade, ce sont ses propres valeurs. Tel William Wilson, il se suicide en croyant tuer son double.

La "Mathesis universalis" leibnizienne dont ce blog tire son nom est prise par la mentalité "officielle" (la "vulgate" positiviste) comme le symbole de la rationalité moderne.

mais je ne vois aucune rationalité moderne (contemporaine), plutôt une irrationalité croissante qui évoque un véritable ballet de sorcières (et que décrit aussi Broch dans le prologue à une autre de ses grands romans : "Les irresponsables").

David Rabouin, un philosophe français contemporain qui est l'un des meilleurs spécialistes des relations entre mathématiques et philosophie au 17 ème siècle, et qui doit faire paraitre aux PUF cette année sans doute un livre titré "Mathesis universalis" qui constituera un évènement majeur de la vie intellectuelle au 21 ème siècle, montre avec évidence, et sur des textes précis, qui ne nous sont connus dans leur intégrité que depuis 10 ans, que cette image convenue de Leibniz "grand ancêtre des logiciens modernes" est complètement fausse. Il caractérise quant à lui la "mathesis universalis" comme "une logique de l'imagination", à la fois au vu de textes cartésiens (comme les Regulae 12 et 14) et leibniziens, et trace une ascendance spirituelle de Leibniz chez Proclus, le Proclus tout au moins du "Commentaire au premier livre des éléments d'Euclide".

C'est ici l'endroit pour introduire une hypothèse, qui selon nous n'a rien d'absurde, et permettrait d'expliquer pourquoi l'Occident et la modernité scientifique, tout en étant "supérieurs" sur le plan des principes, sont aussi à l'origine du processus de dégradation que plus personne ne peut nier, et qui est compliasmment utilisé par les prédicateurs islamiques pour convertir les masses crédules.

Il s'est produit, selon nous, ou du moins selon notre hypothèse, qui devra être validée ou non, une rupture de l'élan créateur spirituel européen qui était encore celui des derniers grands métaphysiciens du 17 ème siècle et du début du 18 ème siècle : Leibniz et Malebranche.

Cette rupture prend la forme, au 18 ème siècle, d'une séparation complète entre la science, et d'abord de la mathématique, qui devient peu à peu autonome, et de la philosophie, qui, frustrée, ira un peu plus tard (chez Hegel) jusqu'à clamer être la seule à détenir un "savoir absolu".

Puis au 19 ème, on assiste à l'émergence du positivisme, de la technoscience moderne, etc.... tout cela est bien connu.

Mais pour le comprendre il faut analyser en profondeur ce qui s'est passé au 18 ème siècle, donc chez des mathématiciens comme Mac Laurin, Taylor, Euler, Lagrange, et leurs collègues "philosophes", qui étaient les encyclopédistes, et les philosophes dits des "Lumières" (et aussi d'autres, comme Berkeley l'évêque).  Un terrain d'études privillégié étant la philosophie de "l'infini" et la mathématique du calcul infinitésimal. 

Notre hypothèse serait donc en gros celle ci : immédiatement après la mort de Leibniz le projet de "Mathesis universalis", qui était rien moins que l'imposition de modèles formels mathématiques à "toute la réalité", s'est enlisé dans son Autre technicien et son obsession de l'efficacité et de l'emprise sur la "nature".

une hypothèse qui est ma foi assez proche de celle de Husserl dans la Krisis.

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T
René Guénonde mon point de vue (qui est rien moins que guénonien, ni d'ailleurs "traditionnel") il vaut mieux lire directement les oeuvres de Guénon, aisément accessibles....et ce dans un seul but : comprendre pourquoi le point de vue guénonien est une impasse....
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S
René Guénonbonjour<br /> <br /> pour info, j\'ai vue sur www.baglis.tv une conférence d\'une heure très intéressante car hyper-documentée de Michel Butkiewicz sur René Guénon. Voici l\'adresse: <br /> <br /> http://www.baglis.tv/weblog/fiches/Ren%E9%20Gu%E9non.html<br /> <br /> c\'est rare de pouvoir entendre des auteurs / conférenciers nous parler calmement et simplement d\'un sujet surtout quand c\'est auss pointu. Dites-moi ce que vous en pensez.
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