• Alice Becker-Ho (qui est la seconde femme de Guy Debord, et qui est restée avec lui jusqu'à ce que ce "stoïcien ivrogne" se suicide en 1994 parce que sa polynévrite alcoolique allait nécessiter une amputation et lui causait des souffrances insupportables) se signale par de très intéressants travaux sur les origines de l'argot, il y a environ 5 ou 6 siècles, donc à la charnière entre Moyen age et ère moderne. Voir par exemple :
     
     
    L'apparition du "jargon", ancêtre de l'argot, qui était la langue secrète des "coquillards" ou "bandes de malfaiteurs" (et qu'un grand poète comme Villon pratiquait fort bien) , coïncide avec l'arrivée en France des premiers tsiganes au 15 ème siècle (et je crois pouvoir affirmer aussi que ces tsiganes sont les descendants deshindous qui avaient dû fuir leur terre envahie par l'Islam, pour échapper à la conversion forcée ou à l'esclavage). Ce "langage secret" aurait été formé à des fins purement opérationnelles : échapper à la surveillance des "gens normaux" et de leur police.
    Mais c'est ici que l'on assiste à une "extension" tout à fait fascinante de ces résultats tenus pour acquis par les historiens officiels. La première extension est dûe à alice Debord elle même, la seconde, encore plus merveilleuse, est dûe au philosophe Giorgio Agamben s'inspirant des travaux d'Alice Debord, voir :
     
     
    Primo :
     d'après Alice Debord, l'argot apparu en même temps que naissaient les "classes dangereuses" contiendrait en son centre un second argot, qui ne serait secret ou "ésotérique" qu'en raison même de son absolue clarté (dialectique qui n'étonnera que ceux qui n'ont pas lu la "Lettre volée" de Poe et son commentaire par Lacan) : ce langage serait celui de la chevalerie du haut moyen âge, qui constituerait en fait une "société" d'essence "non marchande" fondée sur l'honneur et l'art de la guerre. L'analogue en Europe occidentale de la caste des "kshatriyas" en Inde (ou des samourais au Japon). Cette "caste" aurait été fondée sur le mérite, y aurait appartenu qui voulait bien devenir le "vassal" (le "disciple") d'un chevalier, et subir toutes les épreuves terriblement difficiles et dangereuses que cette inititation requérait. L'aristocratie héréditaire ne serait apparue qu'après, lors des temps modernes, et constituerait une dégénérescence, déclin ayant commencé lui même avec les Croisades, où ce qui constituait l'essence même de la chevalerie (l'honneur) s'est perdu au profit de la pure convoitise matérielle, qui donnerait plus tard la nature marchande de la civilisation moderne ("les eaux glacées du calcul égoïste" de Marx) qui est en fait l'analogue de la caste des "vaishyas" et "shoudras" hindous (marchands et cultivateurs). D'autres travaux soulignent eux l'aspect ésotérique du jargon, dans le compagnonnage notamment.
    Secundo (Agamben):
    je n'ai pas la place ni le temps de m'étendre trop, ce serait d'ailleurs en fait dommageable envers la pure "profération" intuitive qui est le coeur de la pensée d'Agamben à ce sujet, et dont son auteur (en provenance de l'ultra-gauche) souligne lui même honnêtement le cractère non démontré et extra-scientifique...en résumé :
     
    ": tous les peuples sont des bandes et des coquilles, toutes les langues sont des jargons et des argots. Il ne s'agit pas d'évaluer ici l'exactitude scientifique de cette thèse, mais de ne pas laisser s'enfuir sa puissance libératrice. " (bien entendu cette thèse n'est pas tout à fait cohérente avec celle d'Alice Debord, mais laissons cet aspect)
     
    cette thèse serait donc que tous les peuples avec leur langage propre (et ajouterais je leur religion propre, puisqu'un religion est à mon avis de nature ethnique, et non universelle) seraient en fait au départ des "tribus" issues de "bandes" ayant un code propre. Par la suite ils se seraient étendus jusqu'à devenir les peuples que nous connaissons (français, italiens, kabyles, etc..) appelés eux mêmes à se fondre dans la masse indifférenciée de la mondialisation. L'Islam n'échapperait pas à cette règle, volà pourquoi dans  les compagnons du Prophète peuvent être traités de "goodfellas", faisant ainsi allusion au merveilleux film de Martin Scorcese "Les affranchis" (en fait "goodfellas" serait mieux traduit par "les potes", mais l'idée est celle d'un gang, de gangsters). Toutes les religions, toutes les cultures, seraient en fait des gangs, des maffias qui auraient gagné en extension!
     
    mais c'est ici que j'interviens pour couronner le tout :
    j'observe en effet que ces "bandes" sont fondées sur la guerre, la violence et le code qui va avec, celui des kshatriyas, celui de l'honneur, de la hiérarchie, et du respect de l'autorité du "maitre".
    Mais l'on sait qu'en Inde comme dans tout l'édifice culturel indo-européen étudié par Dumézil il y a une caste encore au dessus des kshatriyas : celle des "brahmanes", dont l' élément est celui de l'étude, de l'Intellect.
    Je suis ici d'accord avec René Guénon (c'est rare !) pour affirmer la supériorité des brahmanes sur les guerriers.
    Mais quelle est la descendance des brahmanes dans les temps modernes, ceux faisant suite aux Lumières ? tout simplement les philosophes et les scientifiques. C'est à dire ceux qui ne fondent leur vie que sur ce que j'appelle la RAISON, seul propre à être universelle (comme on le voit avec évidence dans ce qu'elle a de plus haut, les mathématiques : il n'y a qu'une seule mathématique, mais plusieurs langages, plusieurs religions, plusieurs peuples, etc...).
    La Raison, c'est à dire la Philosophie  c'est à dire la Science se voulant universelle (et non plus limitée à l'arraisonnement" ou "Gestell" techno-scientifique justement dénoncé par Heidegger et visant au pur profit économique) est ainsi la seule possibilité offerte à l'humanité de s'unifier, et de transcender ainsi le stades des peuples, des ethnies, des "cultures" et des religions particulières (y compris celles se prétendant universelles, comme l'Islam ou le christianisme). En un mot, de dépasser définitivement le stade de la violence et des gangs, petits ou grands (y compris donc les gangs-nations ou les gangs-empires).
    Et je terminerai par ceci, qui n'est autre que la thèse du dernier Husserl : ce dont je parle ici n'est autre que la téléologie moderne européenne apparue avec Galilée et issue de l'ancienne Grèce, qui a la nature d'une Idée au sens platonicien. Cette Idée, celle de l 'humanité entièrement unifiée sous le règne de la Raison, n'est autre que celle de l'EUROPE, qui n'a donc rien à voir avec le territoire ,ouvert à tous les échanges marchands,  que l'on appelle de ce nom.
    "Assomption de l'Europe", disait le grand Raymond Abellio. 

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  • (cliquer sur le titre pour visionner un document pdf : "Sets, classes and categories")

    On sait que la philosophie de Badiou (qui de l'aveu même de ses détracteurs, et Dieu sait s'il y en a, à commencer par Sokal, possède une culture mathématique impressionnante) a des vues très arrêtées, et "révolutionnaires", sur le lien entre philosophie et mathématiques...passons les en revue brièvement :

    1 les mathématiques sont l'ontologie, qui ne fait donc pas partie de la philosophie

    2 les topoi (ces catégories découvertes il y a 40 ans par Grothendieck et Lawvere) forment le cadre de la logique de l'apparaitre, les ensembles celui de l'ontologie (discours sur l'Etre)

    3 le système axiomatique retenu par Badiou est celui de Zermelo-Fraenkel, à l'exclusion semble t'il des autres "solutions" au paradoxe de Russell : theorie des types, axiomatique NBG de Von Neumann, Bernays et Gödel, "New foundations" de Quine, "Non well founded sets" d'Aczel, "univers" de Mac Lane ou Grothendieck, etc...

    Bien entendu, on comprend que le philosophe fasse un choix (trace une diagonale dirait Badiou) dans la "forêt" proliférante des découvertes mathématiques.

    Néanmoins il est absolument nécessaire, en ces matières, de laisser aussi la parole aux mathématiciens (ce que n'est pas Badiou, malgrès sa virtuosité technique), c'est bien la moindre des choses s'agissant...des mathématiques !

    On doit rappeler par exemple que la plupart des mathématiciens "catégoristes" n'ont pas du tout la même évaluation épistémologique que Badiou : ils ne veulent tout simplement plus entendre parler des ensembles, ni en mode ZF ni en autre !


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  • Une philosophie comme celle proposée par Alain Badiou, par exemple (dans "Etre et évènement" et dans le prochain opus "Logique des mondes", à paraitre au printemps 2006) met l'accent sur la relation entre la philosophie , qui est de par sa nature sous régime de l'Un (cf le neoplatonisme) et l'une de ses "conditions", la mathématique, qui d'après Badiou n'est autre que ce que l'on appelle depuis Aristote "ontologie" (="science de l'Etre en tant qu'Etre") , et qui "dissémine" l'Un dans le multiple pur, de manière évidente depuis Cantor : l'Infini n'est plus conçu comme l'Un (des métaphysiques à dominante religieuse) mais comme multiple (nombre) infini, et l'on a l'échelle infinie des cardinaux infinis de Cantor.

    C'est cette tendance philosophique, dénommée soustractive (parce qu'elle se situe en inversion par rapport aux philosophies de la présence), que l'on travaillera ici.


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